03 mai 2009
Maman est violée, défigurée et agitée
... du Chocolat Lanvin.
Bon, eh bien, comme je le constate, je suis revenu d'Espagne. Un voyage qui aurait valu réellement le coup si il n'avait duré que trois ou quatre jours au lieu d'une semaine, et encore... A quand cette téléportation, cette ubiquité que la science-fiction nous a promise? A quand le distrans? Les voyages sont bien trop long, certes...
Mais ils laissent le temps à la réflexion, où le laisserait réellement, si seulement il n'y avait pas le bruit du moteur, celui de la radio, celui des crachats des ondes brouillantes, le hurlement des freins, les gens autours qui s'engueulent, les klaxons, les sirènes d'ambulance, les sirènes de pompier, les sirènes de gendarmes, les douaniers con et l'asphalte beuglant.
Mais ils laissent le temps à l'admiration, où le laisserait, si seulement il n'y avait pas la laideur infâme du gris du goudron sur les vert des plateaux, celle des panneaux indicateurs sur le flamboiement du crépuscule, les pylônes de la sncf et de l'edf implanté là où la nature avait enfoncé ses doigts, les nationales au beau milieu des forêts, les ponts de Millau et autre architecture spectaculaire au milieu de l'immensité d'une vallée plus belle que le creux d'un sein, les avions violant l'hymen azuré des nuages, les hélicopters pénétrant la virginité perdue d'une ciel du Perigord, des grues et des engins comme les instruments d'une chirurgie anti-esthétique de la nature. Avait-elle demandé à être défigurée?
Mais il laissent le temps au repose, où le laisserait, si seulement il n'y avait pas la vitesse, instable, les virages sur virage, les chauffard, les queues de poisson, les accidents, les embouteillages, les coup de frein trop prononcé, les accélérations trop acentuées, les ralentisseurs trop gros, les routes trop mal raccomodées, l'odeur de l'asphalte, l'odeur des gazs d'échappement, l'odeur de l'air pur qui ne l'est plus, l'odeur de l'eau pur qui ne l'est plus, le café infâme et les prix exorbitants.
Malgrès tout cela, on trouve quand même la force de rêver un peu en imaginant des bandes entières de tortues, des lyres et des joyaux dans les nuages rougis par le coucher du soleil, ce petit topaze trépignant qui tourne, feu follet flamboyant, qui plonge vers le quartz rose et le rubis sanguin, puis vers plus rien, laissant au diamant lunaire le soin d'eclairer de mille couleurs en une, pâlement, la surface de la terre.
Et encore, peut-être serait elle plus belle, plus beaux elle et son cortège d'étoile, si il n'y avait pas pour les cacher la lumière de la ville, la lumière des voitures, la lumière des lampadaires de l'autoroute, la lumière des lampadaires des nationales, la lumière des lampadaires des départementales, la lumière des lambapdaires des rues, la lumière des lampes des maisons et des entreprises, les lampions des câble électriques, les clignotant des avions et des hélico, sans parler des spots des boites de nuit... Ni l'opacité des nuages noircit de dioxyde de carbone, l'opacité des talus bordant les routes, l'opacité du toit de la voiture, et l'opacité de mes paupières qui s'endorment...
Pourtant, c'est bien en fermant les paupières qu'on voit le monde sous l'angle le plus beau. J'en reste convaincu.
Qu'on retire tout ça. Ca ne nous mèneras à rien, sinon à la honte.
Utopie, ma parole...
Malgré tout cela, encore, il reste heureusement le rêve et les mots!
Es-tu l'Été, l'Hiver, la fille des solstices,
La feuille et le bois vert, prêtresse du printemps,
Ondine de mousse sur le sable glissant,
Diane des souches couronnée de silice,
Iluminée du lys enfanté par le temps
Et née des quatre vents que la nature tisse?
20 avril 2009
De l'acrostiche.
Lorsque j'ai découvert la guematria hébraïque, je m'étais dit (c'était il y a déjà un petit bout de temps) que ce n'était qu'une facette de charlatanerie de plus qu'on ajoutait aux mythes et aux croyancex. Pourtant, peu à peu, de simple processus un peu tiré par les cheveux et les poils pubiens, la guematria est devenue pour moi une véritable référence, un art de vivre, en fait, une base psychologique de mon fonctionnement, je crois. Pas forcément dans la forme : je ne connais que quelques mots isolés d'hébreu, je sais encore moins les écrire et par dessus tout je possède très peu de connaissances précises dans l'art de manipuler le Mot et le Nom comme les mathématiques de la littérature. Mais la tradition juive m'a beaucoup aidé à comprendre l'importance que j'attachais à l'écriture, aux mots, aux symboles. J'ai beau être agnostique, ce n'est pas tant la croyance que le mode de pensée que j'apprécie dans la religion juive, et s'il n'y avait problème de circoncision et de fanatisme religieux parfois trop poussé (ainsi que moult discriminations, qui, il faut bien l'avouer et ne pas se voiler la face, existent toujours dans notre société actuelle), je crois que ce serait la seule religion à laquelle j'accepterais pleinement de me convertir. Malheureusement pour moi, je suis chrétien : comme tous les autres, je porte donc AUSSI malgré moi le poids des erreurs de mes "ancêtres", à savoir les croisades, la Barthélémy et le couvert de l'holocauste. Bon, on avouera toutefois que, effectivement, Baptiste était très très jeune à l'époque, quand même...
La guematria, donc, où l'art d'approcher Dieu en calculant la littérature, se repose sur quatre principes :
- Chaque lettre de l'alphabet hébraïque représente une valeur numérique précise.
- L'addition des valeurs isolées des lettres d'un mots donne la valeur du mot. On peut également additionner les chiffres du nombres, répéter cette opération autant de fois qu'on veut.
- On peut remplacer les lettres d'un mot par autant de mot que de lettre, chaque mot associé à la lettre commençant par cette même lettres. Puis, on peut réappliquer les deuxièmes principes.
- On peut (dangereux, toutefois, car porte ouvertes a bien des aneries) substituer à un mot une lettre : lui retirer une lettre, lui en rajouter une, en changer une, toujours pour y chercher une notion symbolique. Puis réappliquer les principes précédents.
La guematria est en réalité le plus précieux et plus grand trésor de symbolisme que j'ai jamais vu de toute ma vie, et c'est bien la guématria, qui, malgré mon agnosticisme prononcé, m'a réellement poussé à croire que faute d'un Dieu "conscient et actif", il existe, de mon point de vue, forcément une force primaire, un Principe au sens propre du terme, une Loi unique, "quelque chose" qui régit tout l'univers, l'ensemble, entier... Une loi immuable et inviolable, "intransgressible", ultime, finale, "ouroboroïque", éternelle, sans commencement ni fin... Quelque chose au delà de toute conscience humaine, dont les religions ne sont que les déformations des sages qui eux, avaient compris. J'en suis intimement persuadé, et j'avouerai avec surprise que c'est la seule chose dont je parle mieux que je ne l'écrit.
Et je m'étais dit que tout cela était bien beau, mais qu'elle n'existe qu'en hébreu. Idiot que j'étais. Il y a dans la poésie un principe, un jeu d'écriture, lui aussi, ultime, car offert, toujours dédié, toujours donné sans retour, avec une destination précise, qui m'a conforté dans cette tradition hébraïque du "Nom source de tout". Voyez vous, les juifs croient énormément en l'Ecriture et la Parole. Ce n'est pas pour rien que, "Au Commencent était le Verbe"/"At principiat erat verbum". Le verbe, qui, selon Saint Augustin, est bien la parole ultime et divine de Dieu, sans commence ni fin, où toutes les syllabes de tous les temps de tous les mondes sont prononcées au même instants, infini et éternel, c'est à dire, comme écrit plus haut, qui n'a jamais commencé et ne finira jamais, et qui contient toutes les paroles pour toujours, et qui est prononcée incessamment pour jamais. Peut-être y'a-t-il un lien avec les ondes du "rayonnement fossile", qui nous on fournit l'âge de l'Univers. Peut-être y a-t-il un rapport avec les théories des Supercordes physiques, qui veut que la matière ne soit plus matière mais de nature ondulatoire, ce qui ramènerait toute chose à une musique... J'y crois infiniment, et je ne saurais sans doute jamais ce qu'il en est, mais s j'ai compris une chose, grâce à Baudelaire, c'est que c'était le rôle du Poète que de faire vibrer l'Ether jusqu'au oreilles infinies de ce Principe Divin. Toutes les Fleurs du Mal ne sont qu'un immense cris résonnant à travers l'nivers entier, modulé savamment par le maniement du langage. Baudelaire m'a appris que la Poésie était réellement le son, l'onde, qui faisait monter l'Essence des choses, à travers leur nom, dans l'immortalité.
Et parmi la poésie, il y a particulièrement une forme de poème incroyablement proche du troisième principe de la guematria : l'acrostiche. Poussée plus loin que le troisième principe, l'Acrostiche amplifie les harmoniques d'un mot en associant un vers à chacune de ses lettres, de façon à tirer la quintessence du nom lui même. Connaitre le nom, c'est connaitre la chose. Amplifier le nom, c'est le porter jusqu'aux étoiles. C'est pour cela que j'ai toujours aimé l'Acrostiche : c'est la plus belle ode à faire à un mot, mais c'est aussi la plus dangereuse. Le but de l'acrostiche est de rester là admirer, tandis qu'on puise dans nos forces l'effort nécessaire pour lancer le mot et son nom jusqu'à Dieu. J'aime l'acrostiche, je l'ai déjà dit, et je le redis : c'est le plus beau des cadeaux de la poésie. Ici, dans cette antre, résident quelques acrostiches, pour la plupart, des noms de filles que j'ai aimé, des allégories...
Et puisqu'un exemple vaut mieux qu'un long discours, en voici, une acrostiche. Je n'ai pas dormis de la Nuit, et j'ai du en faire trois versions différentes avant d'en trouver une qui me convenait. On peut dire qu'elle a occupé ma tête pendant un sacré morceau de mon temps, ce qui m'a profondément empêché de dormir... Mine de rien, c'est déjà le deuxième texte que je lui dédie en moins de 24h. Il va falloir faire attention à mes états d'âme, je pressens comme une chute Icarienne...
A la fin de la Nuit, aux miroirs de sa mort
Un rayon réfléchit les sphères du dehors.
Reste, étoile du Nord, pour veiller cette amie.
Ô, prêtresses de l'Or, déroulez le tapis
Rougi des cris des corps qui appellent la vie
Et Nadir et Zénith feront place à l'Aurore.
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Edit de 19:22 : Encore un. Désolé, tu m'inspires, vraiment, beaucoup trop. Il y en aura sans doute d'autre. Il y a tellement de poésie dans ce mot.
Arrime tes ombres, et délie en les voiles,
Uranie la sombre qui commande aux étoiles :
Rassemble tes toiles fondues dans la pénombre.
Oublie combien pâles sont tes filles les Nombres,
Rouées de lumière devant l'Aurore brune,
Embrasée sur la Terre et guidée par la Lune !
19 avril 2009
Eros kai Eos, Eos me Eros
Le kaléidoscope tourne, à nouveau. Le même objet, une autre facette, mais rien ne change.
Cela faisait depuis décembre ou janvier que je n'avais pas placé l'oeil de mon coeur devant le petit oculaire de la rencontre. J'avais été frappé par l'éclatement et la brisure de la dernière facette, je m'étais dit qu'il n'était pas la peine de regarder à nouveau. Ce kaléidoscope, c'est mon nécronomicon à moi. C'est ce dans quoi je pense ne devrais jamais regarder. Mais c'est plus fort que moi, je le sais bien. J'ai beau me donner toutes les maudites raison de ranger cet objet si séduisant et si douloureux à la fois, je ne peux pas arrêter mon bras lorsqu'il attrape son corps, lorsqu'il tourne l'objectif, une fois de plus, comme il l'a fait et comme il le fera, et je ne peux fermer mon oeil lorsqu'une nouvelle image apparait dans une aube de folie.
Alors, voilà. Triste sort. La vue, l'ouie, le toucher, l'odorat, ont été autant de fragments de miroirs brisés qui l'un l'autre se sont renvoyé l'image de la Muse, et agencée d'une nouvelle façon, dans un nouveau regard, dans une nouvelle façon de se mouvoir, dans une nouvelle voix, dans un nouveau parfum, dans de nouveaux yeux, de nouvelles lèvres, un nouveau corps, un nouvel esprit... C'est pourtant toujours la même. C'est toujours cette même image qui revient à chaque fois frapper mes yeux et mes oreilles. C'est toujours la même, différente à chaque fois. L'une dans toutes, mais toutes la même personne. Il a suffit que mon pouce effleure ses doigts, pour que la machine reprenne sa rotation folle.
Les images qui bougeaient dans ma tête faisaient comme une aube au milieu de cette nuit. Il n'y avait pas plus de lumière que d'étoiles, et pourtant tout était illuminé par le mouvement du kaleidoscope. Les formes se sont mues devans mes yeux avec la symétrie parfaite du chaos le plus total, avec cet ordre si puissant qu'il ne peut naitre qu'au hasard. Il a fallu que toute cette nuit concentrée dans cet instant précis, que toutes celles que j'ai connues se représentent chacune en elle, et que je la reconnaisse en chacune de celles que j'ai connu. Les sons sont arrivés si distordus que ce n'était plus une harmonie qui sied à l'oreille humaine que j'ai entendu. Le ciel bougeait dans un caroussel fou avec les miroirs imaginaires de cette projection réelle et palpable et audible et superbe, et la lumières des petites lucioles nocturnes, engagée dans une course plus rapide que mon ridicule oeil humain eut pu suivre, traçaient dans les ciel des milliers de voies lactée, comme autant de cordes à l'arc de l'Artémis Sélénoïde qui, bien cachée de ma vue, s'étaient absentée de la nuit, glissée dans le noir, pour observer, et huiler les rouages de cette petite mécanique cruelle et instable.
J'ai cru que le mouvement aurait duré une éternité, il avait pourtant été plus bref que n'importe quel battement de cil. C'était le battement de cil éternel des Dieux qui se puisaient dans le battement bref et insignifiant de mon coeur. L'infâme longue vue qui ne laisse rien percevoir d'autre que ce que le coeur me montre de ce qu'il entend. La main pâle et bleutée de la lune a stoppé l'Ixion vénusial, et je n'en étais pas moins accroché à cette roue sordidement merveilleuse. C'est ça, alors, la tragédie. Tout cela, ce n'est qu'une scène de théâtre. Un chant du choeur, une plainte du coeur, un son dans la nef des fous et un écho du nadir dans le palais du vent. Un vaste rôlé improvisé et règlé comme le papier à musique de l'harmonique des anges. Une supercorde bandant la flêche de Cupidon, un trait d'esprit dans un jeu de miroir, une rayon de l'aube qui se réfléchit et illumine un coeur qui se croyait en morceau.
Pardonne moi si je te le dédie. Mais je tiens encore à couver cet oeuf, bien enfermé dans ma carapace de tortue de l'univers...
Mon coeur est un oiseau que la Lune dévore
Pas à pas, comme il faut, de son éclat nocif
Qui de douleur fait fondre son bec pailleté d'or
Et goutte sur la ponte des regards furtifs.
Et tu viens comme un oeuf qui s'apprête à éclore ;
Les rubis, les saphirs, griffent mon coeur à vif.
Ta coque de cristal éclate dans mon corps
Et le jettent au delà sur les cimes des ifs.
Du sang de mes veines, abreuve l'oisillon
Et fais de mes peines les pélicans bénis
Qui s'ouvrent la poitrine aux petits des furies
Et les laissent piocher dans le sang bouillonnant
Les viandes fanées et l'esprit agonisant :
Il n'est de douleurs fines que celles des bonds.
07 mars 2009
Villa Vortex
J'ai beau vouloir projeter tout ce que je peux à l'abri de l'oubli, tout n'est pas contenu ici.
J'ai beau m'en lamenter, mais j'utilise encore beaucoup l'encre et le papier.
D'un côté, parce que j'aime l'odeur du papier. Qu'il soit neuf, ou vieux, parfumé ou non, même si j'ai une préférence pour l'odeur sage et apaisante des vieux livres, et une autre pour l'arôme doux et sensuel des quelques gouttes de parfum que parfois certaines s'amusèrent à verser sur les quelques mots qu'elles m'avaient adressé, alors que j'étais encore leur amant...
Je suis triste, parce que ces lettres, je les ai perdues. Un ami, de manière impromptue, m'a poussé un certain jour de février de façon absolument involontaire et je crois inconsciente à les chercher... Résultat de la merveilleuse course : j'ai retourné bureau, commode, bilbiothèques et placards pour me rendre compte que je ne les avais plus. Et second drame : j'avais encore un trou dans ma mémoire d'emmental, qui se réduit, j'en ai l'impression, alors que je vieillis et que je suis censé me construire plus de souvenirs. Soit j'avais oublié où je les avais mise, et dans ce cas, mon nouveau nom mériterai d'être Harpagon, voulant si bien cacher à l'abri des regard son petit trésor qu'il se le cacha à lui même; soit j'avais oublié que je les avais jetées, et pour une raison que j'avais oublié aussi.
Il ne m'en reste qu'une seule, sans parfum, sans jolis mots : c'est une lettre de rupture.
D'un autre côté, aussi, parce que j'aime le toucher du papier, et la sensation d'écrire : voir l'encre se déposer et dessiner les formes de mon écriture. Aléatoire, imprévisible. Mes lettres existent toutes en plusieurs version dans mon alphabet baptistique, et c'est absolument sans raison aucune que je choisis presque par hasard l'une ou l'autre. De plus, j'écris très mal. Si mal que j'ai parfois du mal à me relire.
Mais quand il me prend l'envie d'écrire à la main, ce n'est pas tant ce que j'écris qui est important. C'est l'action même d'écrire. Le fait de vouloir poser tout avec des mots vrais et véritables, et pas des liaisons en synesthésie permanente, me permet de nommer ma pensée, la définir, lui donner un nom. Et symboliquement, je pense, nommer une idée est la faire coexister avec la réalité. Le Verbe est à la fois le produit et l'outil de la prolongation de l'idée, existante et complète et pure depuis toujours et à jamais, par nature. Le chapitre que Saint Augustin écrivit à propos de la création du monde dans la génèse, dans ses Confessions, m'a beaucoup apporté à penser sur ce propos, et j'en remercie le ciel que l'écrit me soit tombé entre les mains.
Dans le fond, je pourrais tracer de simples vaguelettes entrecoupées d'espaces et de points, tout en pensant à formuler proprement et de la façon la plus pure possible mes idées que cela me suffirais pour que satisfait, je regarde ma feuille et me dise : "J'ai écrit, j'ai créé."
Le carnet et le stylo, c'est surtout aussi un moyen peu encombrant et très peu couteux, pourtant quasiment infaillible, de parer la lourdeur, le volume et la perversité de la connection internet. Quand on a pas d'ordinateur sous la main, cette solution reste la meilleure pour immortaliser par l'écriture l'idée.
Tous les articles présent ici sont également écrit, sur une feuille, quelque part chez moi. Ils sont aussi en fichier word, et depuis que je ne suis plus légalement autorisé à l'utiliser, sur bloc note. Ils sont aussi imprimés, et caché quelque part chez moi encore. Ils sont aussi enregistrés sur différentes clefs usb, et ils sont ici.
Par peur de tout perdre, j'essai de maximiser les endroits où ils sont. Avoir le temps de prévenir le drame, même si il n'arrive jamais seul. Maximiser les copies en différents endroits, c'est prévoir un gain de temps sur l'oubli, que ce soit de soit où de l'esprit de silice que l'on nomme "machine".
J'ai trois carnets.
Un noir, un bleu, un rouge.
Le Rouge est le gardien des passions et des sentiments. Il est aussi le gardien de ce que j'aime et de ce que j'admire. De ce pourquoi je m'enflamme, mais de ce pourquoi aussi je saigne. De mes colères, de mes amours. De ma fatigue, de ma lassitude, mais aussi de mes joies (même rares) et du feu qui m'anime. Gardien de mes idées qui ne veulent pas rouiller, mais aussi des fruits qui ne veulent pas pourrir. De la mignonne, de la rose qui s'en veut éclore, parfois. C'est dans le carnet rouge que j'ai noté mes poèmes. Le rubis ne porte pas de nom, il est de la marque "Robert". Il est au format A5, et j'y ai écrit avec un stylo noir.
Le Bleu est le gardien des eaux qui me noient chaque nuit. De ces mondes qui me rendent sourds, qui ralentissent ma vitesse, qui changent ma vision du temps, qui changent aussi ma vision du monde. De ces ciels qui me donnent envie de voler, et de ces nuits qui me donnent envie de dormir. De l'azote qui rempli mes poumons, qui dilate mes pupilles, qui fait palpiter mon coeur, pleurer mes yeux, geler ma tête, brûler mes viscères, bouillir mon sang, jaillir les Idées. C'est dans le carnet bleu que j'ai noté mes rêves. Le saphir ne porte pas de nom, il est de la marque "Esquisse". Il est au format A4, et j'y ai écrit avec du vert et du bleu.
Le Noir... Il est le gardien de l'instant. Il est l'aléatoire, la chose que j'aurais oublié si je ne l'avais pas noté. Le carnet noir est l'oubli potentiel qui veut se sauver. C'est le noir, l'absence de lumières qui n'existe qu'au milieu de la lumière. Le trou qui n'a d'existence qu'au milieu de ce qui est plein. Le souvenir qui va disparaitre si on ne le note pas comme un oubli qui veut vivre. Alors quand quelque chose pleure de devoir mourir à la seconde où il nait, je prend le carnet noir. Et le noir n'est plus la couleur du deuil. Car c'est au milieu de ce noir que l'étincelle et l'éclair se font remarquer plus violemment. C'est dans ce noir, avec un stylo noir, que je fais vivre sur l'instant le souvenir, que je photographie l'idée éclair, que j'attrape dans les filets de l'encre le photon idéal. Quand je sais que je vais oublier, je sors le carnet noir.
Et mercredi soir/jeudi matin, je l'ai ressorti, encore :
"[. . .]
Elle se jette sur lui, et se pend à son cou.
J'ai comme une petite brèche qui s'ouvre dans le coeur, comme de petites fissures dont l'enduit saute et qui suitent à nouveau, et répandent les humeurs malsaines à travers ma tête.
Elle s'était jetée vers lui, éperdue, totalement donnée, et s'était raccroché à son cou comme si sa vie en dépendait. Je crois que c'était simplement parce qu'elle était amoureuse, sans doute. Mon cerveau bout, mon coeur palpite, mon crâne s'émiette, et mon moral aussi.
Moi aussi, à une époque, j'étais ce jeune homme qui voyait une précieuse se pendre à son cou, et l'embrasser.
Il s'embrassent.
[. . .]
Je l'ai rencontrée très exactement le 14 août 2007, et elle fut je crois le plus beau cadeau d'anniversaire que j'ai eu dans ma courte existence de 17 années. L'après midi, le ciel était gris et grondait, et ce jour là, j'étais parti chez Edouard répéter comme l'an passé. Nous avions aligné quelques lignes, posé quelques grilles, jammé, jouant tour à tour guitare, basse, batterie.
Nous nous étions promis de reboire de ce panaché bon marché au gout absolument immonde et quasi imbuvable, mais qui pour nous avais une valeur sentimentale très forte. Alors nous sommes partis depuis chez lui jusqu'à la place des Quatre Saisons, au centre commercial Vivaldi (tel était son nom à l'époque), pour aller chercher l'horrible breuvage au Mutant.
J'ai du m'arrêter au beau milieu du trajet qui séparait Clip-in du Mutant pour dire bonjour à Alexia, une amie pour qui j'en avais quelque peu pincé en mon année de première, et qui m'avait exhorté à reprendre l'écriture. Elle était accompagnée de deux amies à elle : Cendrine, jeune fille strabique au cheveux sur la langue, mais d'une gentillesse et d'une franchise à toute épreuve, une fille de confiance, d'intelligence et de malice; et Amandine.
Je crois que ce qui m'a frappé le plus, c'est son sourire. Ses canines pointues, qui me rappelaient celles de Vicky.
Ce jour là, elle portait sa veste noire dans le style urbain qui aujourd'hui m'est affreusement familière, et, je crois, son débardeur orange, que j'aimais tellement la voir porter. Dieu sait qu'elle était belle, et comme elle m'a plus dès le début; quand j'appris son nom, je repensai immédiatement au poème de Ragueneau dans Cyrano de Bergerac : "La Recette des Tartellettes Amandines".
[. . .]
Je crois que c'est la plus belle image que j'ai d'elle gravée dans ma mémoire : cette jeune fille blonde, aux fines mèches collées par la sueur et la chaleur d'une journée d'août, habillée de ce débardeur orange quelque peu décolletté, son visage indescriptiblement beau/joli/ravissant baigné dans la lumière orange et rose, flamboyance tamisée d'une fin d'après midi d'été, un coucher de soleil incandescent entre des murs de labyrinthe; le soleil, la chambre, le monde entier semblait brûler avec mon coeur, mais seul moi semblait le voir...
[. . .]
Je lui ai soufflé dans le cou, elle a hoqueté un rire en fermant les yeux, en rentrant soudainement la nuque entre ses deux épaules relevées dans un soubresaut qui faillit me déboiter la machoire; mais j'étais tellement ivre de bonheur, saoulé du gout de ses lèvres et émmêché de l'odeur de son parfum caramel que je ne me serais même pas senti mourir. Je crois que c'est le tic le plus adorable et attendrissant que j'ai jamais vu de toute ma vie.
[. . .]
Elle avait cette habitude qu'on sans doute toutes les jeunes filles mignonnes et précieuse de se lancer sur la point de leurs pieds, de se laisser un peu tomber dans le vide et de rattrapper au cou du bienheureux à qui elles ont offert leur coeur. Et j'adorais cela... Je me sentais puissant, important, fier. J'avais l'impression de lui être essentiel, de compter plus que tout, de lui être précieux... J'avais l'impression d'être aimé, et j'avais l'envie de le lui rendre au meilleur de ce dont j'étais capable.
[. . .]
Notre endroit préféré à Poses où l'on aimait lézardé au soleil et se retrouver était un immense arbre déraciné et devenu creux, en bord de Seine, que l'on pouvait trouver non loin du gîte que tenaient ses parents. Le bois était solide, et y monter pour nous était une petite aventure. Comme dans la chanson de Cabrel, presque. Je crois que le jour où ils décideront d'abattre cet arbre, si cela se produit de mon vivant, j'en serai, si ce n'est immensément, au moins horriblement triste. Nous aimions aussi un petit coin au bord du lac des deux amants, plus isolé que l'Arbre. C'était une sorte de petite plage naturelle formée par le sable que la Seine avait trainé depuis son lit. Le sable y était doux et blanc à peine jauni. Nous repartions souvent avec du sable dans les chaussures et dans les cheveux, et ce sable avait envahit un certain temps ma chambre. Si je déplaçait ma bibliothèque, je suis persuadé que j'en retrouverai,de ce sable amandin... "
—Extraits de la nuit du 4 au 5 Mars, écrit sur le canapé d'un appartement de Mont Saint Aignan à la lueur d'une lampre halogène, en attendant que l'aube pointe sa chevelure mauve et pourpre.
Grâce à cela, ce que je peux ne pas oublier, ce que j'ai de plus précieux et de plus volatile...
Le carnet noir, c'en est lui, le gardien.
26 décembre 2008
La Mort du Fossoyeur
Découvrez Frédéric Chopin!
Bon, eh bien, c'est fou, mais il aura fallu que je vienne cliquer sur le lien de canalblog pour que je me réveille après un long sommeil "internautique" et productif, par la même occasion... Il aura fallu aussi que je me replonge dans De Vigny et la peinture de Schwabe pour créer un peu... J'en avais presque oublié ce tableau, à force de ne plus penser à rien, à force de me vider par un biais qui aurait fait frissonner Lavoisier sur ce qu'il estimait de la conservation... Tous se perdait et se transformait en perte que je n'arivait pas à récupérer, alors j'avais préféré ne plus rien tenter pour ne pas perdre le peu que j'avais. Et puis, un déclic. L'idée m'a trottée dans la tête presque toute la nuit, à tel point que je n'ai pas dormi, ou si peu. Je ne pouvais pas laisser le condensé d'émotions que j'avais en mois s'estomper et se perdre comme de l'éther à la chaleur. Non, il fallait que je tente de fixer tout ça. J'ai tenté, je ne sais pas si j'ai réussi. De toute façon, il faudrait peut-être que j'arrête de m'écouter : à m'entendre, tout ce que je fais ne mérite aucun considération... Mais est-ce vrai? D'ailleurs, est-ce faux?
Je crois que c'est le poème le plus long que j'ai jamais écris de ma courte vie, jusqu'ici, en tout cas. 104 vers, répartis en 26 quatrains, rimes croisées, alexandrins... J'ai fait mon possible pour respecter l'alternance féminin et masculin, mais c'est vraiment le domaine dans lequel je suis loin d'être doué... C'est peut-être pour cela que j'aime la poésie, au fond, pourquoi j'aime écrire des poèmes plus qu'autre chose : la poésie est réellement le texte qui se raproche le plus de l'Essence, de l'Idée, en le fait que les règles qu'on s'y impose, qu'elles soient "classiques" ou non, nous force à la correspondance, nous force à faire vivre les mots, à faire danser les lettres, à faire chanter les rimes (encore un rythme ternaire, dirait Mme Loir... Grrr...). La poésie à cette noblesse d'âme et cette solennité, et en même temps cette légèreté et cet enjeu de virtuosité qu'au final, elle est un tourbillon de lien, elle est une toile, elle est un fluide, une parfum, une essence : ce n'est pas seul que les mots on un sens, mais c'est la façon dont ils sont agencés, c'est leur lien, leur Correspondance, qui crée l'Idée, qui crée l'Emotion... Ecrire la poésie a cet espèce d'effet de catharsis qui nous fait approcher à chaque vers un peu plus de l'Idéal et nous angoisse et nous horrifie à chaque instant de la chute qui s'amorce si on lâche. C'est une tension dans l'âme, c'est un noeud dans la gorge, c'est une poussée dans les yeux. C'est un aveuglement, un mutisme, une surdité. Plus rien n'a d'existence, si ce n'est l'Idée, l'Essence...
Je vous présente donc un thème qui m'est cher, à tel point que j'ai énormément hésité si j'allait le traiter en nouvelle, en poème ou en scène de théâtre... Le poème s'est imposé, peut-être par la nature Symboliste de la peinture de Schwabe. Voici donc :
La mort du Fossoyeur
I
Nonchalante et paresseuse, la douce neige
S'était déposée sur le champ de marbre blanc
Et, froide converture, faisait tapis beige
Aux demeures de ceux regrettés des vivants.
Nulle croix de pierre d'aucun collier parée,
Nulle gerbe de fleurs n'avait aucun pendant,
Et nulle dalle grise n'était habillée
Comme celles-ci d'écharpes et manteaux blancs.
Les flocons baisaient des arbres les branches nues
Et ceux-ci frissonnaient du désir du Printemps :
La sève somnolait sous l'écroce charnue,
Et sinon de la Mort, elle rêvait du Temps.
Ah! On n'eût jamais vu lumière plus irisée
Que celle que ce jour le froid gelait sur place
Pour que dans les caveaux, sous les dalles brisées
Perce là le vitrail du Temps et de l'Espace.
II
Le Gardien de l'endroit préparait la venue
D'un nouvel arrivant. Creusant le sous sol
D'une pelle de fer qu'il tenait à mains nues,
Glissantes encor de la sueur de son col.
Le fossoyeur avait les deux pieds dans la tombe
Et il lui arrivait de songer, égaré,
A supplier l'Ange d'abattre une trombe
Mortelle. Enfin pour lui il aurait creusé.
Le travail est fini. La parcelle de terre
Dort près de lui comme un chien près de son maître.
A six pieds de fond, les aboiements de l'Enfer
Réclament chair et os pour pouvoir se repaitre.
«Avez vous donc toujours faim, minions de Cybèle?
— Pleure-t-il sur la terre froide qui blanchit. —
Si vous désirez vie qui n'ira pas au ciel,
Laissez moi m'allonger, à jamais endormi !
Mon âme n'ira pas au Seigneur. Oui, ma vie,
Oui, ô mon âme, sous terre tu finiras,
Car il te fut donnée la Mort pour amie,
La Fin en épouse, en frère le Trépas.
Tu n'as pas le beau rôle, ô ma vie amoureuse
De l'hiver. Ta compagne t'a abandonné
Le jour où tu offris à ses yeux de pleureuse
L'argent que tu obtins pour son frère enterrer.
C'est à croire que vivre dans la mort des autres
Retarde l'échéance, la coupe du fil :
J'ai pleuré, j'ai pleuré... Ô mon Dieu,
Chaque jour où je du enterrer un ami!
Depuis bien longtemps je ne veux plus du Royaume,
Du Paradis, du Ciel. Je m'étais résolu
A finir moi même cette vie. Aucun psaume,
Hélas, ne justifierait ce que j'ai vécu.
Mais le Seigneur ne permet pas qu'on sacrifie
Au Feu de la Géhenne l'un de ses moutons!
De mes tentatives je porte encor les fruits :
Traces sur mes veines, brûlures de poisons.
Mais peut-être est-il déjà que mon existence
Depuis longtemps a coulé ses jours impartis,
Et que dans le secret, et que dans le silence,
Ce fut mon châtiment que d'être placer ici!
Qu'ai-je donc fait, Seigneur, pour mériter ma peine?
Dans mon autre vie, si je n'ai déjà creusé,
Etais-je celui qui sans aucune gêne
Donnait au fossoyeur des corps à enterrer?
Mais je suis las de pleurer! Je te maudir, Maître!
Permet qu'un cadavre devienne mon corps!
Je ne puis plus vivre, achève moi en traître! »
Un battement, puis rien, puis deux, puis rien, encor.
III
C'est la clochette gelée qui appelle l'Ange,
C'est le carillon qui sonne la dernière heure,
C'est le glas qui résonne de l'accord étrange
De la basse des maux et des aigus des pleurs.
Elle apparait derrière une pierre, vêtue
De sa robe noir des grandes occasions.
La lumière d'albâtre jaillit de sa peau nue
A travers les ténèbres de ses cheveux longs.
Ses pupilles sont blanches, ses deux yeux sont rouges,
Ses iris sont noirs, comme le lit d'un lac.
Ses paupières sont marbre : lorsque l'une bouge,
On peut y entendre la pierre et l'os qui craquent.
Ses traits sont beaux, ses traits sont purs. Toute sa peau
Brille de la lumière qu'elle prit aux vivants.
Deux ailes immenses jaillissent de son dos
Et sur la peau de la Mort luit la Nuit des Temps.
De ses deux bras fins tout habillés de dentelles,
Elle entoure et glace le corps du fossoyeur :
Et le temps, et l'espace, et le monde entier gèlent
Alors que ses yeux veulent retenir leurs pleurs.
« Je t'ai appelée — dit-il — je t'ai attendue,
Je t'ai rêvée les soirs où la lune miaulait.
Pour aucune tombe tu n'es jamais venue.
Je te désirais. Qu'est-ce que tu attendais?
Je me suis renommé pour entrer dans tes ordres.
Accroché à ton cou, je me suis fait paria
Et mes paumes ont saigné à force de tordre
Le manche de la pelle et le lit de Gaia.
Plus d'éclat dans mes yeux, plus de vie dans mon âme !
De tout je me vidai pour que tu me remplisses
Et fasse la tombe le Graal de tous tes charmes
Et de la terre meuble mon dernier Calice.
Et maintenant te voilà, tu t'es faite attendre,
Et j'ai vécue bien plus que longtemps que de raison ! »
La Mort le sert contre elle, et dans un geste tendre
Couche son amant dans sa dernière maison.
Les flocons embrassaient les arbres et les nues,
Et ceux-ci frissonnaient du désir du Printemps.
Le fossyeur somnolait sur la terre nue :
Si ce n'était de la Mort, il rêvait du Temps.
Tableau : La Mort et le Fossoyeur - Carlos Schwabe
25 décembre 2008
En attendant (faute d'autre chose...)
Découvrez Dave Weckl Band!
Bon, je sais bien que cela fait longtemps que je suis venu ici... Je n'ai abandonné personne, à commencer par le sens que je donne à cet endroit, c'est à dire un moyen presque sûr (presque...) de préserver le peu que je peux avoir de mémoire et de création. Je ne vais pas encore m'étendre sur ce sujet, ce pourrait être la quatrième ou cinquième fois que je le ferai ici, et même si je sais que parfois la redondance est une bonne chose, ici, elle ne le serait pas. Et puis, je n'ai pas la tête à exposer toute ma vision des choses.
Pas la tête à le faire? Oui, peut-être... Je subit l'angoisse de la page blanche ces derniers temps... Non, en réalité, ce n'est pas tant l'angoisse de la page blanche dont je pâtis, mais de la page blanche elle même. Je n'arrive plus à rien écrire. J'efface la moindre page dès que je m'attaque à l'une des nouvelles que j'en ai en cours, quand j'ai le courage de me lancer, évidemment. Je n'aime tellement pas mon travail, je le trouve tellement imparfait, que je ne peux plus commencer quoi que ce soit. Cela m'est impossible. Dans ma têtes mes idées sont pures, sont exactes, sont pleines d'elles même et complètes. C'est encore cet histoire de chat de Schrödinger (un thème qui finit par devenir plus que récurrent, j'ai l'impression...) : poser mes idées sur le papier, sur le support numérique, poser la narration, m'oblige à faire un choix pour chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe, chaque lettre... C'est trop de choix, étendus sur trop de pages, délivrés sur trop de temps, alors que dans ma tête, l'histoire existe toute entière au même moment et tout le temps. L'initial, l'intrigue et le dénouement y sont confondu dans toute la perfection et la pureté essentielle de l'idée, et c'est bien là que mes limites sont atteintes : je n'ai pas le talent des poètes pour tout retranscrire en une alchimie plus minutieuse que l'horloge la plus complexe... J'ai la page blanche, j'ai la déception de mon travail. Je retrouve de vieux travaux qui m'inspire encore et encore des idées à leur ajouter, mais cela reste toujours un embryon lumineux dans la nuit de ma tête. "La lumière qui jaillit de la nuit dans la nuit qui entoure la lumière" comme l'explique Dantec dans Villa Vortex : "La nuit qui entoure la lumière et ne la laisse transparaitre, pour que le jour où elle transparaitra, elle éblouisse les ténèbres jusqu'à rendre aveugle de pureté". Mais je n'oublie toutefois pas : "La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas saisie", disait Saint Jean de Thassos. Mais je crois que pour moi, la lumièr est saisie : saisie par mon incapacité, nuit de toute mon âme...
Ainsi, je n'ai rien écrit, sinon quelque poème qui finalement finirent au feu, faute d'être bon. C'est pourquoi, faute de mieux, pour vous donner quand même une part de moi à ronger, je laisserai ici, de peur de les oubliers, les trois poèmes qui font l'objet d'encore un autre de mes projet : Les Arcanes. Un recueil de 21 (22?) poèmes décrivant les cartes du Tarot Marseillais. Je veux faire de ce recueil le distillat de toutes les recherches symbologique que j'ai pu faire sur ce thème, et sur tout les thèmes que cela aborde : la philosophie hermetique, l'élévation spirituelle, la quête de soit. Sans doute encore un projet qui restera inachevé, mais quel projet offre plaisir à son créateur une fois finit ? Je ne suis pas un Dieu qui aime sa créature : je suis un mortel qui aime créer. Voici donc les quelques premières lames du Tarot, à savoir : Le Bateleur, La Papesse et L'Impératrice.
I
Le Bateleur
C'est toi l'Aleph, c'est toi l'Alpha,
Toi, le rusé sans félonie,
Toi qui de chacune des vies
Est le début, non l'oméga.
Commencement, fin, infini,
Tes illusions n'ont de limites
Que les esprits qui vont trop vite
Pour suivre ton alchimie.
Piques, trèfles, carreaux et coeurs,
Coupes, deniers, bâtons, épées,
Toi, le premier, Toi, le Bateleur
Dont le chef est cerclé de brun
Et comme un cycle entrelacé,
Tu seras tout, tu ne fus rien!
II
La Papesse
"Quel est ce regard perdu dans le vide
Qui peut tout voir
Et qui dessine
Au milieu du noir
Une lumière qui n'a pas de voix?
Ô Papesse, qu'est-ce que tu vois?
Quel est ce livre que tu tiens ouvert,
A la couverture
Et aux pages chairs,
A la reliure
Qui ne parle ni de mort, ni de vie?
Ô Papesse, qu'est-ce que tu lis?
Tes longs doigts jaloux cachent à ma vue
Des symboles noirs
Des mots seuls connus
Des sciences du soir
Dont, je sais, tu as le secret.
Ô Papesse, qu'est-ce que tu sais?
La Nuit ceindée d'Or couvre tes épaules
Et l'ardente force
Qui en toi somnole
Comme une écorce
Qu'on dirait de Sagesse et de Panache.
Ô Papesse, qu'est-ce que tu me caches?"
La Diane chaste du vide sort ses yeux
Et tendant le voile pour un peu plus le pendre,
Elle répond, Oracle du dessus des feux :
"Ha, Tu sais Tout. Il ne te reste qu'à l'apprendre."
III
L'impératrice
Catin éternelle! du savoir interdit
Votre Majesté ainsi en fait les enchères!
Et le vice Luxure, et les vices de chair
Luisent jusque dans votre couronne rubis!
Vous pouvez bien recouvrir d'une chaste Nuit
Le Paradis des Hommes, et le Fruit des Enfers :
Vos pieds sont oints — et votre Majesté entière —
De l'huile du Savoir, de la myrrhe de Vie.
La Connaissance se blotit entre vos cuisses,
Et bien moins pure que votre divine soeur,
Vous nourissez l'Hermès qui par un doux supplice
Saura tirer du corps de l'obscure Lilith
Le Grand Oeuvre, ce précieux monolithe,
Pour un peu qu'il vous livre votre grand bonheur.
Voilà, les autres sont encore à venir, je ne désespère pas. Cela viendra, sans doute. Pour terminer, je vous laisse une petite acrostiche :
Avez vous déjà vu, le soleil se levant,
Mourir la Nuit comme je le vis ce jour là,
Anéantissant l'espoir, désespoir mourant?
Ne t'ai-je pas dit que nos vies étaient ainsi,
Danseuse dans les fleurs, Déesse de l'Espace?
Inégalable douceur... Peut-être, aujourd'hui!
Ne laisse pas trop au soleil mûrir le fruit
Et régale t'en, qu'aucun souvenir ne s'efface.
Tableau : Résonance Intérieure - Wojteck Siudmak.
15 novembre 2008
Gare (à qui, à quoi?)
Découvrez Scorpions!
Je savais que cela ferait plaisir à ma très chère Maud, qui en réclamait un nouveau. J'ai donc pensé vendredi soir à un petit poème de bus/gare. En même temps, cela faisait un petit bail que je n'avais pas écris ici. Manque d'inspiration, manque de force, manque de motivation, manque de tout. Plus vraiment de volonté, sauf celle de dormir.
Faut avouer que le week end ne me réjouit pas vraiment, et n'est pas pour me motiver. La semaine n'est déjà pour moi pas très gaie, entre les cours et l'unique présence d'individus masculins, et le week end, au final, c'est revenir pour entendre les gens crier, c'est revenir pour ne pas savoir quoi faire, parce que tout me dépasse, tout me donne mal au crâne, les cris comme le silence. C'est échanger un malheur contre un autre, au final. Je n'ai plus grand chose à lire, et cela aussi m'interpelle. J'ai tellement besoin de m'évader, de vivre autre chose qu'un quotidien trop quotidien.
Au final, j'ai l'impression de devoir me réfugier dans le sommeil. Je dors, je dors, je dors. Quand je ne me torture pas la tête, par une sorte de plaisir masochiste qui m'est délectable, je dors. C'est une autre solution pour perdre pied face à la réalité, vivre au ralenti comme on se meut dans l'eau. Même si en vérité, je déteste me baigner.
Il faut avouer quand même que la semaine je dors peu. Ambiance de l'internat, mais, ça manque de douceur, là bas, ça manque de sensibilité. Population masculine, bien évidemment, là est la cause. Là bas, ce n'est pas tendu, mais presque. Ca se violente, même pour rire, mais ça se violente. Ca se parle parfois méchamment, et dans la bouche de certains, la blague prend parfois une odeur de mépris profond. Là bas, ça pue presque la vanité, le faux semblant. De derrière les yeux de certains je vois suinter la connerie comme le pus qui remonte d'une blessure. Là bas, c'est le jeu de celui qui s'imposera comme le chef, c'est le jeu des dominants, des dominés, des autonomes et des souffres douleur. Certains n'ont pas vraiment de respect pour l'espace et le matériel des autres (il est toujours joyeux de rentrer à l'internat pour apprendre que durant votre absence votre matelas à fait quelques migrations hivernales à travers le couloir et s'est paré de deux taches de sang bizarroides qui à votre sovenir n'est pas le votre), certains oublie qu'ils sont en communauté. C'est à celui qui jouera le plus de mesquinerie pour avoir une douche : lorsqu'on doit la laisser, on est quelqu'un de normal, et aucun remerciement ne vous est donné; lorsqu'on attend depuis 15 minutes pour l'avoir et qu'on la prend légitimement devant l'oeil de celui qui est arrivé il y a deux minutes trente, on est un infâme enculé qui merite le mépris le plus profond. Lorsque certains attendent les plus lent, c'est toujours avec cet air de leader détaché et insultant, ce petit esprit de branleur aussi méprisable que méprisant. Lorsqu'ils appellent les gens, c'est toujours sans un s'il te plait, rarement avec un merci : pour appeler ses "congénères" (si tant est que ces messieurs qui se prennent pour des grands les considèrent comme des égaux), on siffle, on dit "X, à la papatte!", on appelle. Pour quoi que ce soit qui revêt un semblant de victoire, c'est toujours en rajoutant un rictus de salopard qu'on s'esclaffe, ventripotent : "Pan, dans ta gueule" (sous entendu : "c'est moi le chef, petite merde insignifiante"). On n'hésite pas à faire remarquer aux autres qu'ils sont useless, à ocuper leur bureau comme si c'était le dépotoir publique, à piller la nourriture qu'un autre vient à peine de sortir, et dont il ne profitera pas parce qu'il a eu l'horrible et honteuse audace de s'assoupir cinq petites minutes. En réalité, c'est une loi non pas de la jungle, où l'on cherche à survivre, ce n'est même pas la loi du plus fort où l'on se bat pou garder ce qu'on a, non. C'est plutôt la loi du serpent, la loi du persiffleur, la loi du mépris, où apparemment, c'est au plus méprisant qu'on accorde le plus de respect.
C'est masculin, je suppose. Ce n'est pas tellement en réalité le genre humain que je n'aime pas, mais plutôt sa branche testiculaire. Je me suis toujours mieux entendu avec la gente féminine. Peut-être parce que, naivement, je continue de la voir comme l'emblême de la douceur et de la sensibilité. J'ai toujours trouvé ces demoiselles plus sensibles à l'art, plus sensibles aux sons, aux odeurs, aux sens. Elles me semblent bien plus douce, et quand la mesquinerie s'empare d'elles, pour les plus dangereuses, c'est toujours avec de l'esprit. Ce n'est pas cette vanité vulgaire et bornée, comme taillée au burin dans du bois pourris. Non, même dans les défauts des femmes, il y a toujours cette part de volatilité qui les rendent belles. Elles me semblent plus compréhensives, bien plus gentilles. Elles ne me semblent pas porter le mal dans leur coeur. Elles me semblent dansantes, comme un parfum, comme un souvenir. Elles aparaissent, elles repartent, et elles changent tout.
Je dois délirer. Je dois délirer de me dire que j'ai le mauvais esprit dans la mauvaise époque, sans doute. Mais il est clair que passer la semaine avec l'horreur masculine pour revenir le week end et me retrouver seul face à la réalité — et à moi même, ce qui est bien plus effrayant parfois — cela ne me réussis pas. Me donne seulement l'envie de dormir et de m'échapper. Et m'enlève la force de créer, souvent.
M'enfin, Maud, je sais que ce charabia te parait une bien longue route vers ce que je t'ai promis, donc le voilà, le poème de gare !
Il est un homme qui marche dans un désert.
Sous ses pieds se confondent la neige et la glace,
Et si la neige ne fond quand la chaleur passe
C'est qu'il est seul, et gèle son atmosphère.
Le sable sous ses pieds des gouffres a ouvert
Et à chaque pas qu'il fait, c'est le temps qui passe.
Alors, le sable et le soleil, que rien n'efface,
Brûlent les plaies sur son corps découvert.
Il s'interroge : "Hélas, quand viendra l'hiver
Avec sa neige? Que le froid grand bien me fasse!
Il me semble que je meurt sous l'astre solaire!"
Ah, l'esprit de ces hommes parfois me dépasse:
Il se veut d'un été aussi dur que l'hiver
Et d'un échange raccourcir son temps sur terre.
Tableau : Bureaucrate moyen atmosphérocéphale dans l'attitude de traire du lait d'une harpe crânienne - Salvador Sali
EDIT : Je voudrais m'excuser en fait pour les commentaires que j'ai fait sur l'internat. Ayant écris cela sous un accès de colère enchérit de quelques coups de blues et autres nouvelles joyeuse, j'ai fait la faute ignoble de généralisé à tout l'internat le grand nombre de chose que je ne reproche vraiment qu'à une seule personne que je ne nommerai pas, tout d'abord par lâcheté, puis ensuite parce qu'il ne viendra jamais ici je l'espère (l'idée qu'il franchisse l'netrée de cette grotte m'est insupportable, il ne comprendrait pas) et enfin parce que vous ne le connaissez pas, et que cela ne servira en rien. Cédant au second démon, celui de la flemme d'avoir à tout réécrire, je veux juste m'excuser pour réhabiliter les quelques 11 autres personnes accusées ici à tort alors qu'elles n'y sont pour rien. Dieu les garde.
04 novembre 2008
La boue et le plomb
Découvrez Scorpions!
Je dormais. J'ai l'impression de dormir encore, mais je sais qu'à l'instant même où je me le dis, c'est que je ne dors plus, malgré mes yeux fermés. Je vois quelque chose de rouge et d'orangé, de luisant, dans les ténèbres de la cécité monmentanée que m'offre la somnolence. Dehors, il doit faire jour, sans doute. C'est le matin, je suppose.
J'ai fait un rêve, un rêve dans lequel j'écrivais des lignes, pour une jeune fille. Pas n'importe laquelle. Pour une jeune fille qui m'occupe souvent l'esprit, quand j'ai un moment à moi. Pour une jeune fille qui me ravit le coeur quand ses mots touchent mes yeux, quand sa voix frappe mon oreille. Cela fait un certains temps, déjà, qu'elle me l'a ravit, mon coeur, et qu'elle l'a emporté avec elle.
Mais chez moi, les coeurs repoussent, si ils sont tout entier arraché. Mon corps semble mut de ce n-ième sens qui est celui de sentir si oui ou non, un de mes anciens coeurs est encore là. Si il en reste un peu, ou si il est encore trop tôt ou trop près, rien ne repousse, tout devient stérile. Non, il faut qu'il me soit arraché complètement pour qu'il repousse. Ou alors, il faut m'en donner un nouveau.
Pour l'instant, le coeur m'a été arraché depuis trop peu de temps. Et il est toujours trop près. Aucun coeur ne m'a été redonné en échange, je crois. Rien ne repousse pour l'instant.
Et pourtant, je rêvais qu'elle était là, un soir, à mes côtés, dans mes yeux, dans mes lèvres. Puis dans mes bras, dans mon corps tout entier.
Et je ne veux pas r'ouvrir les yeux, car à ce moment précis, elle s'évanouira, elle partira, loin, très loin... Et avec mon coeur, proche, trop proche, pas assez loin pour qu'un cicatrice soit.
Je ne veux pas r'ouvrir les yeux. Je veux encore rêver, encore dormir.
Et ma tête qui lutte. Et mon esprit qui se bat. Et mon corps qui lutte. Et ma volonté qui cède.
Flash blanc, les paupières s'écartent, les yeux s'ouvrent. Les pupiles se rétrécissent, et peu à peu, je commence à entrevoir le plafond. Des raies de lumières viennent jouer avec la poussière qui virevolte devant moi, créant des petits murs lumineux et réguliers, parallèles.
J'ose à peine me retourner pour voir qu'elle n'est pas là. Pourtant, il faudra bouger. Alors je passe mes mains sur mon visage, et...
Quelque chose retient les drap, les tire. Je pivote. Je reste choqué.
Elle est là.
Et maintenant, tout me reviens en tête. Tout ce que j'ai vécu avec elle. Et elle est là. Ce matin, elle est là. Ce n'était peut-être pas un rêve.
Elle rammène sur elle le drap. Je n'arrive pas à croire qu'elle est vraiment là. Je dois halluciner. Je dois devenir fou (fou d'elle, oui...). Je dois rêver à nouveau, c'est sûr. Je tend mon bras : il me tire, me lance, j'ai des fourmis dedans, tandis que le sang reprend peu à peu son cheminenement difficile dans mes veines. J'ai du m'endormir dessus. Je ne rêve pas.
Je caresse son épaule, comme pour m'assurer qu'elle est bien réelle. Elle est plus douce que de la soie. Elle sent meilleur que n'importe quel parfum. Elle est plus lumineuse que le soleil. Elle m'éblouit. Sa peau est un peu froide, je la vois qui frissonne, et sourit, dans son sommeil. Son visage est celi d'un ange. L'étrange idée qu'elle serait le met le plus fin des anthropophage, puisqu'elle est si belle à croquer, m'envahit l'esprit, l'espace d'un instant. Moi aussi, j'aimerais la manger toute entière, comme la plus belle de toutes les douceurs, le meilleur de tous les délices, celui dont on a tous rêvé, étant enfant...
Elle est belle, quand elle dort. Ses yeux s'offrent un peu de repos en ayant baissé les rideaux de ses paupières. Ses lèvres murmure en un souffle impercepible des mots qui ne sont destinés qu'aux fantômes et aux rêves. Des mots qu'elle même sans doute ignore. Et que je ne saurais pas. Peut-être sont-ils pour moi, qui sait...
Ses cheveux dessinent un petit océan sur l'oreiller. Moi qui n'aime pas la mer, je donnerai n'importe quoi pour m'y noyer, dans celle-ci. C'est sans doute dans cette étendue que se cachent l'Eden, les îles au trésors, et celles aux enfants. C'est le lieu où naissent toutes les utopies, et où meurent toutes les injustices. C'est là que les choses les plus imaginaire existent. C'est dans ce monde qu'elle est à elle toute seule.
C'est elle la vie. Un peu de la mienne aussi.
Je me lève, m'approche de la fenêtre. Je n'ose pas ouvrir les rideaux, de peur de l'arracher à ses rêves. Je me contente de les entr'ouvrir, pour laisser mes yeux admirer l'aurore qui se termine.
C'est fou tout ce qu'elle a opéré en moi. Toutes les tumeurs noire de mélancolie qu'elle a éxtrait. Toutes ces maladies comme la peur, la désolation, la tristesse... Elle a été ma panacée. Je ne vivais que par procuration, je n'étais pas doué pour vivre. Mais j'avais envie de vivre, même si c'était avec peine. J'avais appris à en tirer profit, à la dompter, presque. Puis elle est arrivé.
Moi qui voulait créer de l'or à partir de la noirceur de ce qui m'entourait, j'ai tout d'abord suivit cette voie des alchimiste : j'ai voulu faire du plomb de l'or. Puis est arrivé Baudelaire, qui m'a appris que l'or pouvait aussi être fait avec de la boue. De la boue et du plomb. C'était ainsi que je voyais mon quotidien, parce que c'était ce que j'y cherchais : il me fallait beaucoup de boue, et beaucoup de plomb, pour m'exercer à faire de l'or. La boue et le plomb. Je ne jurai qu'ainsi.
Puis elle est arrivée, et elle m'a ouvert les yeux : si avec la boue et le plomb, on peux faire de l'or, avec l'or, on peut faire des merveilles. C'est ce que sa joie de vivre m'a montré. Elle m'appris à faire des merveilles, elle m'a montré comme les faire. Puis elle m'a montré comment chercher l'or et le brillant dans le quotidien.
Elle a tout changé en moi. Mais qui puis-je bien lui apporter, moi?
Sans doute elle seule le sait, je suppose.
Et tandis qu'elle ouvre doucement ses yeux, je n'oublie pas qu'aujourd'hui encore, je la remercierai pour cela.
Et un jour, peut-être n'aurais-je plus à rêver ces lignes pour les écrire...
En attendant ce jour, je continuerai à ramasser la boue et à extraire le plomb.
Il me reste encore tant de travail, pour avoir l'or...
Tableau : Galatéa aux Sphères - Salvador Dali
18 octobre 2008
Lundi matins
Découvrez Pink Floyd!
J'ai été tenté lundi matin, dans le train, vers les 7h10 du matin, de tester un jeu d'écriture dont j'avais entendu parler, qui tire ses racines dans la poésie surréaliste : le poème de gare (qui possède de nombreuses variantes comme le poème de métro, de bus, de comptoir,...).
Le principe en soit est assez simple : pendant que le train se déplace d'une gare à une autre, on se laisse bercer par le mouvement, et on cherche un vers ou deux (ou plus, si on a peu de gare à visiter pendant le trajet, mais c'est bien plus amusant de ne chercher qu'un vers) pendant ce voyage.
Une fois le train stoppé en gare, pour ne pas perdre le vers, on l'écrit rapidement sur un morceau de papier. Mais vite! Car il faut s'interdire d'écrire pendant le trajet, et s'interdire de réfléchir au vers suivant lorsque le train est à l'arrêt. Le train de pensée doit être respecté : en mouvement, c'est la réflexion qui fuse à travers de l'esprit; arrêté, il faut savoir poser ce que l'on a.
Le train, le lundi matin, se prend beaucoup au jeu lui même. Tout d'abord, parce que tôt le matin, je ne suis jamais très réveillé. J'ai encore les yeux pleins du sable du sommeil, les paupières de plombs, le corps lourd comme du marbre de mauvaise facture. Il fait froid, aussi, un peu. On est encore tout cotonneux, les oreilles et l'esprit étouffés par l'ouate que nous fait le rêve : tous est flou, tout à une autre apparence, dans la nuit, dans la lumière matinale, autant celle jaunâtre et artificiellement froide du train que l'aube qui point au loin, avec ses trainées orange, roses, pourpres, embrasant comme un feu de forêt tous les voyageurs qui reçoivent sa lumière.
Et puis, surtout le lundi matin. Tout d'abord parce qu'il n'y a que le lundi que je prend le train le matin, mais également parce que parmi les voyageur, il y a toujours quelques personnes pour me ravir la vue. Parfois dans leur beauté, parfois dans leur élégance, ou dans leur démarche, ou dans leur gestes, parfois dans leur actes, parfois dans leur voix, parfois dans la manière qu'elles ont de sommeiller contre la vitre : les rayons de l'aurore viennent alors dessiner tout un paysage sur leurs joues, faisant d'elles des mondes entiers, des planètes, des univers, des soleils et des étoiles. Lorsqu'elles respire dans le froid, en frissonnant, avant que la chaleur humain n'ait eu le temps de tout faire disparaitre, il y a parfois un peu de buée qui, en sortant de leur bouche, se transforme en une étrange nébuleuse, onirique, intimidante, belle.
Comment ne pas se sentir ainsi la vague à l'âme, comment ne pas se sentir le corps ici et l'âme ailleurs? Comment ne pas vouloir tenter d'immortaliser tout cela dans sa tête par les premières phrases qui nous tombent dans le coeur?
C'est un exercice assez intéressant que le poème de gare, qui possède quelques variantes : les poèmes de bus et de métro se déroulent de la même façon, mais avec des stations de métro, ou des arrêts de bus. Ces deux-ci poussent notamment à soit faire des vers très courts soit peu construits au niveau de la métrique, puisque le temps manque toujours, car le temps est toujours court, trop court, entre deux stations ou deux arrêt.
Le poème de comptoir est plutôt intéressant, drôle, risqué et tentant à la fois en le fait qu'il se compose entre deux verres. On s'assied au comptoir, on commande une boisson (alcoolisée de préférence, pour rester dans la grande tradition du surréalisme. Oubliez toutefois l'absinte...). Lorsqu'elle nous est servie, on peut commencer à penser à un vers ou deux tout en dégustant notre verre, celui ci nous étant déjà apporté (vous noterez le lamentable jeu de mot qui meriterait ma flagellation...). Une fois le verre fini, on en recommande un autre. Le temps qu'on nous l'apporte, il faut se dépècher de noter ce que l'on a trouvé... Et ainsi de suite, pour autant de verre et de vers, donc, que l'on veux. Il est drôle car l'alcool envahissant peu à peu les yeux le coeur et la main, le poème peut de plus en plus devenir spécial et étrange. Risqué, car le nombre de vers et limités par le nombre de verre qu'on peut ingurgiter jusqu'à en tomber par terre, mais également parce qu'on peut rapidement en avoir pour beaucoup de notre argent. Interessant, en le fait qu'il ne se finit jamais, par définition. Car, en effet, pour écrire le vers, il faut recommander un verre. Alors, comment écrire le dernier vers du poème? Certains trichent en ne recommandant pas de verre pour le derniers vers, et l'écrivent avant de sortir du café. Ceux qui ont le plus de mémoire jouent le quitte ou double : ils décident de garder le poème incomplet, le dernier vers manquant... jusqu'à la prochain séance! La prochaine fois, en attendant le premier verre qu'il commanderont, ils mettront la touche finale au poème précédent. A condition bien évidemment de ne pas l'oublier, ce qui est plutôt difficile avec le temps et... l'alcool!
Voici donc ma première tentative pour un poème de gare. Il n'est pas très bien écrit, toutefois. Beaucoup de choses manquent. Mais c'est le jeu! :
Secrètes pour vaincre le sombre
Des bottes d'étoiles
Pour courir l'Espace
Piétiner le Temps
Des bouquets d'yeux
Aux reflet d'agate
Des étés dans la voix
Pour les étincelles de l'âme.
Fleurs d'astres dans la pénombre.
Je suis d'accord, il ne veut pas dire grand chose... J'ai réorganisé volontairement la mise en forme du poème : présenté ainsi, il me fait penser à un sablier, et j'ai été heureux de voir qu'il me faisait le même effet en lisant de bas en haut que de haut en bas. J'y vois vraiment le sablier qu'on tourne et retourne, le bas qui devient le haut, le haut devenant le bas (Les premiers seront les derniers...), mais ce n'est peut-être qu'une hallucination de ma part...
Volontairement, je me suis foutu de la rime : surréaliste, vous disiez, non?
J'espère être assez motivé pour réitérer l'expérience lundi... Qui sait, lui rajouter le trajet du bus (si je ne suis pas passionné par ce que me dit ma charmante consoeur de route =] )? Ou bien faire un long poème de toute la semaine en cumulant train, bus, et comptoir? Non, ne pas se lancer trop vite... Oh, et puis pourquoi pas, hein?
On verra bien...
Image : Pochette de "Dark Side of The Moon" des Pink Floyd...
Petite dédicace pour mon cher Arkham, qui,
avec toutes ces conneries que sont les études,
me manque, quand même, l'enfoiré...
29 août 2008
Ciels
Un vieux poème que j'ai repêché dans le fond de mes tiroirs... Un des seuls que je trouve correct, d'ailleurs...
Ciel bleu
De tendresse. Feu
Les pâles caresses
Où mon coeur t'attend.
Ciel rouge
De sang. Bouge
Tendre coeur dansant
Au vives ivresses.
Ciel jaune
Des chauds été. Trône
Fillette Beauté
Là on les coeur s'en vont.
Ciel blanc
Du carillon. Printemps
Là ou nous allons
Sera gaieté









