03 mai 2009
Maman est violée, défigurée et agitée
... du Chocolat Lanvin.
Bon, eh bien, comme je le constate, je suis revenu d'Espagne. Un voyage qui aurait valu réellement le coup si il n'avait duré que trois ou quatre jours au lieu d'une semaine, et encore... A quand cette téléportation, cette ubiquité que la science-fiction nous a promise? A quand le distrans? Les voyages sont bien trop long, certes...
Mais ils laissent le temps à la réflexion, où le laisserait réellement, si seulement il n'y avait pas le bruit du moteur, celui de la radio, celui des crachats des ondes brouillantes, le hurlement des freins, les gens autours qui s'engueulent, les klaxons, les sirènes d'ambulance, les sirènes de pompier, les sirènes de gendarmes, les douaniers con et l'asphalte beuglant.
Mais ils laissent le temps à l'admiration, où le laisserait, si seulement il n'y avait pas la laideur infâme du gris du goudron sur les vert des plateaux, celle des panneaux indicateurs sur le flamboiement du crépuscule, les pylônes de la sncf et de l'edf implanté là où la nature avait enfoncé ses doigts, les nationales au beau milieu des forêts, les ponts de Millau et autre architecture spectaculaire au milieu de l'immensité d'une vallée plus belle que le creux d'un sein, les avions violant l'hymen azuré des nuages, les hélicopters pénétrant la virginité perdue d'une ciel du Perigord, des grues et des engins comme les instruments d'une chirurgie anti-esthétique de la nature. Avait-elle demandé à être défigurée?
Mais il laissent le temps au repose, où le laisserait, si seulement il n'y avait pas la vitesse, instable, les virages sur virage, les chauffard, les queues de poisson, les accidents, les embouteillages, les coup de frein trop prononcé, les accélérations trop acentuées, les ralentisseurs trop gros, les routes trop mal raccomodées, l'odeur de l'asphalte, l'odeur des gazs d'échappement, l'odeur de l'air pur qui ne l'est plus, l'odeur de l'eau pur qui ne l'est plus, le café infâme et les prix exorbitants.
Malgrès tout cela, on trouve quand même la force de rêver un peu en imaginant des bandes entières de tortues, des lyres et des joyaux dans les nuages rougis par le coucher du soleil, ce petit topaze trépignant qui tourne, feu follet flamboyant, qui plonge vers le quartz rose et le rubis sanguin, puis vers plus rien, laissant au diamant lunaire le soin d'eclairer de mille couleurs en une, pâlement, la surface de la terre.
Et encore, peut-être serait elle plus belle, plus beaux elle et son cortège d'étoile, si il n'y avait pas pour les cacher la lumière de la ville, la lumière des voitures, la lumière des lampadaires de l'autoroute, la lumière des lampadaires des nationales, la lumière des lampadaires des départementales, la lumière des lambapdaires des rues, la lumière des lampes des maisons et des entreprises, les lampions des câble électriques, les clignotant des avions et des hélico, sans parler des spots des boites de nuit... Ni l'opacité des nuages noircit de dioxyde de carbone, l'opacité des talus bordant les routes, l'opacité du toit de la voiture, et l'opacité de mes paupières qui s'endorment...
Pourtant, c'est bien en fermant les paupières qu'on voit le monde sous l'angle le plus beau. J'en reste convaincu.
Qu'on retire tout ça. Ca ne nous mèneras à rien, sinon à la honte.
Utopie, ma parole...
Malgré tout cela, encore, il reste heureusement le rêve et les mots!
Es-tu l'Été, l'Hiver, la fille des solstices,
La feuille et le bois vert, prêtresse du printemps,
Ondine de mousse sur le sable glissant,
Diane des souches couronnée de silice,
Iluminée du lys enfanté par le temps
Et née des quatre vents que la nature tisse?
23 avril 2009
Au diable la Gare.
En fait, je n'ai même plus besoin de gares ou d'arrêts de bus pour me décider. J'ai compris que ce n'était pas l'endroit ou la durée qui comptaient, je pense. M'est avis que c'est plutôt l'instant.
Et ces derniers temps, en même temps que j'essaie de mieux construire ce que je fais, en même temps que j'essaie de m'approcher un peu plus de la bonne distillation des images et des sens, en même temps que j'essaie de plaire à ceux à qui je le veux, je sens que cela approche. Sans doute est-ce une limite vers l'infini, et que, m'approchant infiniment de ce que je recherche, j'y resterai cloitré toute ma vie à l'instant d'avant celui que je veux atteindre. En somme, toujours s'approcher, toujours être à la plus infime des distance, toujours plus près, jamais aussi loin. Le paradoxe de Zénon, appliqué à ce que j'ai de plus cher.
Mais n'est-ce pas une vie humaine, le but humain, la perfection, que l'incarnation de ce paradoxe même? Je parcours la moitié de la distance, puis le quart, puis le huitième, puis le seizième... Et toujours perfectible, on peut bien se saigner l'esprit aux six cardinaux, on peut bien faire jaillir l'ether et l'Essence de notre tête comme des fontaines de jouvence, on est jamais parfait. Comment pourrais-je bien, moi, l'insignifiance même, prétendre pouvoir atteindre la septième corde de la Lyre d'Orphée, au corps de Tortue et aux cordes de cristal? Comment, moi, puis-je seulement oser imaginer que je puisse faire résonner tout l'ether de mes mots et propulser au dessus de Dieu les liqueurs des esprits et les vapeurs des sentiments?
Moi, je sais, comment je peut prétendre à tout cela. Parce que je suis un humain. Et qu'en tant que mortel, ma vie est tellement courte, qu'aurais-je bien à faire de Dieu, des anges et de leurs légions? Qu'il me foudroie ici dans l'instant, ou dans cent ans, pour lui, quelle différence? En fait, c'est bien l'Homme, le seul vrai Dieu, bien plus divin qu'Elohim. Dieu ne peut rien contre l'Homme, parce que l'Homme à trop conscience de ce que la vie coûte, de ce que la vie vaut, de ce que la vie est. Dieu ne sait pas ce que cest que la vie, parce qu'il ne vit rien. Dieu est éternel, cohérent et coexistant à son verbe, créateur et infini, maitre de toute chose, Dieu n'a eu aucun début et n'aura aucune fin. Comment, sans valeur de référence, peut-il bien juger ce qui se passe dans l'instant?
Lorsqu'il bat des cils, mil ans sont passé. Lorsque qu'il inspire, l'Homme découvre le feu, et lorsqu'il expire, des traits de métal et de feu partent depuis la Terre vers les étoiles. Comment Dieu, lui, l'être parfait, pourrait-il bien comprendre ce qu'est notre VIE? Parce qu'il n'est qu'amour? Foutaise. "L'amour, c'est que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi", a écrit Kafka. Dieu ne souffre pas. Dieu ne meurt pas. Dieu ne vit pas. On aime que dans la craindre de perdre. Que ce soit la perte du bonheur à venir, la perte d'un être, la perte d'un moment, la perte d'une idée ou d'un souvenir, on aime parce qu'on sait pertinnemment que cela ne durera jamais éternellement, au mieux, jusqu'à l'heure de notre mort, amen. C'est de savoir quel maigre et frêles fétu de paille nous constituons tous ensemble qui nous donne le goût d'aimer, l'envie de vivre et l'espoir de s'élever au dessus des étoiles, un jour. Pour le vivre.
En fait, Dieu n'est sans doute rien de plus que du calme, je suppose. Une mare sans remou, sans rivage, sans poisson, sans fond. Rien de plus qu'une immensité de calme horriblement ennuyeux, impertubable, imperturbé, et c'est bien ainsi.
Car moi, l'Homme, je suis le pêcheur qui vient troubler de la ligne de son blasphème les eaux limpides et froides de Dieu, je suis le rameur qui fait clapoter le Verbe et qui vient éparpiller ses syllabes aux sept vents universels. Je suis réellement l'alpha, parce que moi, je commence, et réellement l'oméga, parce que moi, je me fini. Je suis le premier car j'ai commencé à exister, je suis le dernier car je finirai d'exister. Et je suis né alors que d'autres mouraient, et je mourrai alors que d'autres naitront. Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers, et Dieu, immuable, restera au milieu, pendant que, comme la pollution superbe des couleurs et de la vie, dans l'immensité des eaux de Dieu, moi, l'Homme, je pullulerai, je croisserai et me multiplirai, jusqu'à ce Dieu étouffe. Et j'étoufferai Dieu, moi l'Homme, moi qui connait ce qu'est la vie bien mieux que celui qui est censé l'avoir créée, et je montrerai qu'on peut dépasser Dieu parce qu'on est un Humain, que l'on DOIT dépasser Dieu parce qu'on est humain.
Et lorsque les plantes auront fait des rives et des îles sur les eaux du Créateur, lorsque nous aurons enfin récréé Dieu à NOTRE image, tout comme lui nous fit à la sienne, d'après les Ecritures...
... Nous lèverons la tête, et au loin, passant encore loin au dessus de nos têtes, hurlant dans toutes la splendeur de leurs voix et de leurs grâces, nous verrons passer un Pélican et un Albatros, et nous les saluerons en pleurant, car eux seront allé plus au qu'aucun homme ne l'aura jamais été : des Hommes devenus Dieux.
Et moi, je tendrais mes mains verdoyantes et jeune vers leurs gloitres, leurs becs et leur ailes, et je hurlerai de toute la lumière que j'aurais goutée : "Dévorez moi, et qu'un peu de moi reste en vous!".
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Relève ta tête
Romane la vestale
Orion le bestial
de sa lourde machette
Maltraite sur ton front,
hargneux comme une bête,
A chaque coup, fatal,
tes plus belles saisons.
Ne t'en fais plus de mal
que t'en fit le félon,
Et rallume aux frontons
les feux des joies et fêtes.
20 avril 2009
De l'acrostiche.
Lorsque j'ai découvert la guematria hébraïque, je m'étais dit (c'était il y a déjà un petit bout de temps) que ce n'était qu'une facette de charlatanerie de plus qu'on ajoutait aux mythes et aux croyancex. Pourtant, peu à peu, de simple processus un peu tiré par les cheveux et les poils pubiens, la guematria est devenue pour moi une véritable référence, un art de vivre, en fait, une base psychologique de mon fonctionnement, je crois. Pas forcément dans la forme : je ne connais que quelques mots isolés d'hébreu, je sais encore moins les écrire et par dessus tout je possède très peu de connaissances précises dans l'art de manipuler le Mot et le Nom comme les mathématiques de la littérature. Mais la tradition juive m'a beaucoup aidé à comprendre l'importance que j'attachais à l'écriture, aux mots, aux symboles. J'ai beau être agnostique, ce n'est pas tant la croyance que le mode de pensée que j'apprécie dans la religion juive, et s'il n'y avait problème de circoncision et de fanatisme religieux parfois trop poussé (ainsi que moult discriminations, qui, il faut bien l'avouer et ne pas se voiler la face, existent toujours dans notre société actuelle), je crois que ce serait la seule religion à laquelle j'accepterais pleinement de me convertir. Malheureusement pour moi, je suis chrétien : comme tous les autres, je porte donc AUSSI malgré moi le poids des erreurs de mes "ancêtres", à savoir les croisades, la Barthélémy et le couvert de l'holocauste. Bon, on avouera toutefois que, effectivement, Baptiste était très très jeune à l'époque, quand même...
La guematria, donc, où l'art d'approcher Dieu en calculant la littérature, se repose sur quatre principes :
- Chaque lettre de l'alphabet hébraïque représente une valeur numérique précise.
- L'addition des valeurs isolées des lettres d'un mots donne la valeur du mot. On peut également additionner les chiffres du nombres, répéter cette opération autant de fois qu'on veut.
- On peut remplacer les lettres d'un mot par autant de mot que de lettre, chaque mot associé à la lettre commençant par cette même lettres. Puis, on peut réappliquer les deuxièmes principes.
- On peut (dangereux, toutefois, car porte ouvertes a bien des aneries) substituer à un mot une lettre : lui retirer une lettre, lui en rajouter une, en changer une, toujours pour y chercher une notion symbolique. Puis réappliquer les principes précédents.
La guematria est en réalité le plus précieux et plus grand trésor de symbolisme que j'ai jamais vu de toute ma vie, et c'est bien la guématria, qui, malgré mon agnosticisme prononcé, m'a réellement poussé à croire que faute d'un Dieu "conscient et actif", il existe, de mon point de vue, forcément une force primaire, un Principe au sens propre du terme, une Loi unique, "quelque chose" qui régit tout l'univers, l'ensemble, entier... Une loi immuable et inviolable, "intransgressible", ultime, finale, "ouroboroïque", éternelle, sans commencement ni fin... Quelque chose au delà de toute conscience humaine, dont les religions ne sont que les déformations des sages qui eux, avaient compris. J'en suis intimement persuadé, et j'avouerai avec surprise que c'est la seule chose dont je parle mieux que je ne l'écrit.
Et je m'étais dit que tout cela était bien beau, mais qu'elle n'existe qu'en hébreu. Idiot que j'étais. Il y a dans la poésie un principe, un jeu d'écriture, lui aussi, ultime, car offert, toujours dédié, toujours donné sans retour, avec une destination précise, qui m'a conforté dans cette tradition hébraïque du "Nom source de tout". Voyez vous, les juifs croient énormément en l'Ecriture et la Parole. Ce n'est pas pour rien que, "Au Commencent était le Verbe"/"At principiat erat verbum". Le verbe, qui, selon Saint Augustin, est bien la parole ultime et divine de Dieu, sans commence ni fin, où toutes les syllabes de tous les temps de tous les mondes sont prononcées au même instants, infini et éternel, c'est à dire, comme écrit plus haut, qui n'a jamais commencé et ne finira jamais, et qui contient toutes les paroles pour toujours, et qui est prononcée incessamment pour jamais. Peut-être y'a-t-il un lien avec les ondes du "rayonnement fossile", qui nous on fournit l'âge de l'Univers. Peut-être y a-t-il un rapport avec les théories des Supercordes physiques, qui veut que la matière ne soit plus matière mais de nature ondulatoire, ce qui ramènerait toute chose à une musique... J'y crois infiniment, et je ne saurais sans doute jamais ce qu'il en est, mais s j'ai compris une chose, grâce à Baudelaire, c'est que c'était le rôle du Poète que de faire vibrer l'Ether jusqu'au oreilles infinies de ce Principe Divin. Toutes les Fleurs du Mal ne sont qu'un immense cris résonnant à travers l'nivers entier, modulé savamment par le maniement du langage. Baudelaire m'a appris que la Poésie était réellement le son, l'onde, qui faisait monter l'Essence des choses, à travers leur nom, dans l'immortalité.
Et parmi la poésie, il y a particulièrement une forme de poème incroyablement proche du troisième principe de la guematria : l'acrostiche. Poussée plus loin que le troisième principe, l'Acrostiche amplifie les harmoniques d'un mot en associant un vers à chacune de ses lettres, de façon à tirer la quintessence du nom lui même. Connaitre le nom, c'est connaitre la chose. Amplifier le nom, c'est le porter jusqu'aux étoiles. C'est pour cela que j'ai toujours aimé l'Acrostiche : c'est la plus belle ode à faire à un mot, mais c'est aussi la plus dangereuse. Le but de l'acrostiche est de rester là admirer, tandis qu'on puise dans nos forces l'effort nécessaire pour lancer le mot et son nom jusqu'à Dieu. J'aime l'acrostiche, je l'ai déjà dit, et je le redis : c'est le plus beau des cadeaux de la poésie. Ici, dans cette antre, résident quelques acrostiches, pour la plupart, des noms de filles que j'ai aimé, des allégories...
Et puisqu'un exemple vaut mieux qu'un long discours, en voici, une acrostiche. Je n'ai pas dormis de la Nuit, et j'ai du en faire trois versions différentes avant d'en trouver une qui me convenait. On peut dire qu'elle a occupé ma tête pendant un sacré morceau de mon temps, ce qui m'a profondément empêché de dormir... Mine de rien, c'est déjà le deuxième texte que je lui dédie en moins de 24h. Il va falloir faire attention à mes états d'âme, je pressens comme une chute Icarienne...
A la fin de la Nuit, aux miroirs de sa mort
Un rayon réfléchit les sphères du dehors.
Reste, étoile du Nord, pour veiller cette amie.
Ô, prêtresses de l'Or, déroulez le tapis
Rougi des cris des corps qui appellent la vie
Et Nadir et Zénith feront place à l'Aurore.
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Edit de 19:22 : Encore un. Désolé, tu m'inspires, vraiment, beaucoup trop. Il y en aura sans doute d'autre. Il y a tellement de poésie dans ce mot.
Arrime tes ombres, et délie en les voiles,
Uranie la sombre qui commande aux étoiles :
Rassemble tes toiles fondues dans la pénombre.
Oublie combien pâles sont tes filles les Nombres,
Rouées de lumière devant l'Aurore brune,
Embrasée sur la Terre et guidée par la Lune !
19 avril 2009
Eros kai Eos, Eos me Eros
Le kaléidoscope tourne, à nouveau. Le même objet, une autre facette, mais rien ne change.
Cela faisait depuis décembre ou janvier que je n'avais pas placé l'oeil de mon coeur devant le petit oculaire de la rencontre. J'avais été frappé par l'éclatement et la brisure de la dernière facette, je m'étais dit qu'il n'était pas la peine de regarder à nouveau. Ce kaléidoscope, c'est mon nécronomicon à moi. C'est ce dans quoi je pense ne devrais jamais regarder. Mais c'est plus fort que moi, je le sais bien. J'ai beau me donner toutes les maudites raison de ranger cet objet si séduisant et si douloureux à la fois, je ne peux pas arrêter mon bras lorsqu'il attrape son corps, lorsqu'il tourne l'objectif, une fois de plus, comme il l'a fait et comme il le fera, et je ne peux fermer mon oeil lorsqu'une nouvelle image apparait dans une aube de folie.
Alors, voilà. Triste sort. La vue, l'ouie, le toucher, l'odorat, ont été autant de fragments de miroirs brisés qui l'un l'autre se sont renvoyé l'image de la Muse, et agencée d'une nouvelle façon, dans un nouveau regard, dans une nouvelle façon de se mouvoir, dans une nouvelle voix, dans un nouveau parfum, dans de nouveaux yeux, de nouvelles lèvres, un nouveau corps, un nouvel esprit... C'est pourtant toujours la même. C'est toujours cette même image qui revient à chaque fois frapper mes yeux et mes oreilles. C'est toujours la même, différente à chaque fois. L'une dans toutes, mais toutes la même personne. Il a suffit que mon pouce effleure ses doigts, pour que la machine reprenne sa rotation folle.
Les images qui bougeaient dans ma tête faisaient comme une aube au milieu de cette nuit. Il n'y avait pas plus de lumière que d'étoiles, et pourtant tout était illuminé par le mouvement du kaleidoscope. Les formes se sont mues devans mes yeux avec la symétrie parfaite du chaos le plus total, avec cet ordre si puissant qu'il ne peut naitre qu'au hasard. Il a fallu que toute cette nuit concentrée dans cet instant précis, que toutes celles que j'ai connues se représentent chacune en elle, et que je la reconnaisse en chacune de celles que j'ai connu. Les sons sont arrivés si distordus que ce n'était plus une harmonie qui sied à l'oreille humaine que j'ai entendu. Le ciel bougeait dans un caroussel fou avec les miroirs imaginaires de cette projection réelle et palpable et audible et superbe, et la lumières des petites lucioles nocturnes, engagée dans une course plus rapide que mon ridicule oeil humain eut pu suivre, traçaient dans les ciel des milliers de voies lactée, comme autant de cordes à l'arc de l'Artémis Sélénoïde qui, bien cachée de ma vue, s'étaient absentée de la nuit, glissée dans le noir, pour observer, et huiler les rouages de cette petite mécanique cruelle et instable.
J'ai cru que le mouvement aurait duré une éternité, il avait pourtant été plus bref que n'importe quel battement de cil. C'était le battement de cil éternel des Dieux qui se puisaient dans le battement bref et insignifiant de mon coeur. L'infâme longue vue qui ne laisse rien percevoir d'autre que ce que le coeur me montre de ce qu'il entend. La main pâle et bleutée de la lune a stoppé l'Ixion vénusial, et je n'en étais pas moins accroché à cette roue sordidement merveilleuse. C'est ça, alors, la tragédie. Tout cela, ce n'est qu'une scène de théâtre. Un chant du choeur, une plainte du coeur, un son dans la nef des fous et un écho du nadir dans le palais du vent. Un vaste rôlé improvisé et règlé comme le papier à musique de l'harmonique des anges. Une supercorde bandant la flêche de Cupidon, un trait d'esprit dans un jeu de miroir, une rayon de l'aube qui se réfléchit et illumine un coeur qui se croyait en morceau.
Pardonne moi si je te le dédie. Mais je tiens encore à couver cet oeuf, bien enfermé dans ma carapace de tortue de l'univers...
Mon coeur est un oiseau que la Lune dévore
Pas à pas, comme il faut, de son éclat nocif
Qui de douleur fait fondre son bec pailleté d'or
Et goutte sur la ponte des regards furtifs.
Et tu viens comme un oeuf qui s'apprête à éclore ;
Les rubis, les saphirs, griffent mon coeur à vif.
Ta coque de cristal éclate dans mon corps
Et le jettent au delà sur les cimes des ifs.
Du sang de mes veines, abreuve l'oisillon
Et fais de mes peines les pélicans bénis
Qui s'ouvrent la poitrine aux petits des furies
Et les laissent piocher dans le sang bouillonnant
Les viandes fanées et l'esprit agonisant :
Il n'est de douleurs fines que celles des bonds.
13 avril 2009
Catrina's Ideal Writing Machine

Pardon d'être resté loin d'ici pendant longtemps.
Je viens à peine en fait de revenir de loin.
Du monde réel.
J'ai vécu sous les ponts avec mes pensées, ces derniers temps. Elles avaient froid, nulle part où aller, nulle part où grandir. Elles ont faillit mourir, je crois. Mourir avec le froid du monde, avec le vent sec des autres et la misère de la réalité. Puis j'ai retrouvé la clé de cet endroit. Je l'avait oubliée, je l'avoue.
C'est drôle de revenir là en tant que visiteur, et plus en tant que "auteur." J'ai poussé la porte, et elle grinçait comme une transylvanienne d'un film d'horreur des années 70. Quand je suis rentré, cela sentait le vieux livre. Celui dont les pages ont jaunies, sont devenues dures comme du carton, avec cette vieille typographie, cette vieille police d'écriture qui sent bon le vieux plomb d'imprimerie.
J'ai épousseté quelques étagères remplies de vieux textes grinçant et pleins de souvenirs savoureux. Certains épicés comme du poivre, d'autres doux comme le sucre, beaucoup aussi d'horribles comme le sel.
J'ai trouvé une petite bouteille sur ma table. Elle portait l'inscription "Bois moi" en miniatures abbatiales. Je l'ai fracassée par terre. Le liquide rouge brillant et suave s'est répandu sur tout le plancher, formant de honteux grumeaux avec la poussière de lune qui s'était accumulée sur les lattes de bois. La flaque vermillon exhalait un parfum de sucre, de raisin, de vanille. Le parfum de la facilité. Celui du déjà fait. Celui de la répétition.
On ne me la fait pas, à moi. J'ai lu assez de conte pour savoir comment réagir lorsqu'une telle bouteille m'attend. Quand une bouteille nous propose à boire, il faut la jeter. Ce serait trop simple, sinon. Aurais-je grandis, aurais-je rapetissé, en la buvant? De toute façon, temporellement.
Parce qu'à côté du vin, il y avait un peu de pain. Et il portait l'inscription "Mange moi" en glaçage blanc et brillant sur son dessus. Je l'ai senti : c'était une belle brioche vendéenne, pleine de sucre, mais si lourde lorsqu'on l'a finie. C'était sans doute la paresse, ce pain. Je l'ai jeté dans le vin, je l'ai piétiné. Le tout formait une jolie pâte rouge très pâle qui collait à mon pied. Comme du sang dans du lait caillé. Je pouvais voir tout le cannibalisme et toute l'horreur de ce qu'étaient ces deux aliments. Et j'en avais déjà assez ingurgité à ce jour.
J'ai été pris d'une envie de vomir en sentant l'odeur de mort et de putréfaction qui s'élevait du gâteau rougeâtre encore informe. La nausée m'a serré la gorge, et en hoquetant, ce que j'en avais déjà mangé dans ma vie m'est revenu depuis ma mémoire. Et maintenant, je vomis tout cela.
Cela brûle, ça irrite, ça acidifie la gorge, ça détruit tout, ça décape, ça ronge. La honte, c'est corrosif. Quand on fait toujours des choses facile en ne faisant rien, il est normal de ne pas supporter de tout sentir remonter.
Au fond de mon chez moi, dans ce petit appartement plongé dans un crépuscule estival, d'un jaune maladif brillant, très orangé, il y avait mon bureau, avec une petite machine à écrire dessus. Pas un vieux modèle, une électrique. Toute blanche, mais la poussière l'avait pailletée de gris. De petits moutons se baladaient sur les plombs, des fourmis grouillaient entre les touches. Elle n'était pas branchée, apparemment, mais le temps que je me ramasse pour ramasser le bout de la prise, celle-ci était enfichée dans la prise murale, toute de noire vêtue.
Les lettres se sont tapées toutes seules, la feuille était déjà insérée dans la machine. Ne restait qu'à attendre de lire ce qui s'écrivait.
Quand la lettre est sortie de la machine, il n'y avait rien de vraisemblable. Des phrases déstructurées faites de mots inexistant, le tout écrit dans un langage incompréhensible avec un alphabet qui m'était totalement inconnu. Pourtant, le long texte était signé de mon nom. Je ne me comprenais pas, à vrai dire. Peut-être n'avais-je rien compris, et rien à comprendre. Pas de pourquoi, pas de comment. Pas de solution, pas de problème. Pas de réponse, pas de question. Je me restais caché à moi même, obscur pour moi même.
J'étais heureux de l'action de cette machine. Je me parlais, donc? Peut-être... Le monde est rempli de peut-être. Pire qu'un "si", un peut-être comble réellement tout. Si je me parlais, je ne me comprenais pas. Fallait-il que je me traduise pour moi? Même pas, je savais pertinemment que cet amas de caractère n'avait aucun sens.
J'avais perdu l'essentiel. L'Idée. J'avais cru que le texte n'était vivant qu'en tant que texte. Qu'il suffisait d'écrire pour écrire, qu'il suffisait de taper sur des touches, de dessiner des formes canoniques avec une pointe, pour écrire. J'avais mangé le pain et le vin, je m'étais rempli les yeux de sel. Evidemment que non, je n'écrivais pas. Plus, sans doute.
J'avais oublié que ce n'était pas nous qui écrivions. Nous ne sommes que des réceptacles, plus ou moins performant. Je suis un modèle bas de gamme, il en existe de très haut. Mais je n'étais qu'un réceptacle au vrai auteur. A celui qui seul vraiment sait écrire. A l'Ultime Autobiographe qui n'a besoin ni de pacte ni de rien de quoi que ce soit pour écrire et être vrai.
Ma mémoire avait oublié de se rappeler que je n'étais que l'hôte de l'Idée. On écrit que l'idée, il n'y a que l'idée qui s'écrit. Le reste n'est pas une écriture. Le reste n'est même pas un dessin. Le reste, c'est une trace dans la poussière, un fossile de vent figé sans l'être dans du sable doux. Le reste n'est que de la pacotille, du va et vient, du vide. Il ne peut y avoir que l'Idée qui soit capable d'écrire. Et il n'y a qu'elle pour nous prendre comme réceptacle.
Mais maintenant que j'y pense et que j'en ai l'idée, peut être l'Idéal n'est-il, comme moi, qu'un autre personnage d'une autre idée, qui, se relisant avec perplexité et confusion, espère qu'une idée viendra envahir son corps, rapidement, et en faire son alambic.
L'Idée elle même peut-elle souffrir de la page blanche, de la mesure silencieuse?
Craquage, Baptiste, gros craquage. Confus, Baptiste, très confus.
Ecris, Baptiste, vite. Ecris.
08 mars 2009
"Recto video...
... et spectaro verso. "(Saint Augustin - La Cité de Dieu)
Voilà encore quelque chose qui ne finira pas ici, mais dans le carnet noir. Car mes couleurs ont été inhibées.
Ces dans ces soirées là, quand on relis tout, quand on sait qu'une autre vie va reprendre le dessus sur l'actuelle, quand on s'attendait à un passage aussi tranquille que la mort dans le sommeil et qu'on nous braque la lumière et le miroir dans la pupille qu'on est aveuglé par la puissance de la vérité.
Ces dans des soirées comme celle-ci qu'on se rend compte qu'on a mis quelqu'un de cher dans la positions qu'on aurait souhaité le moins du monde à notre pire ennemi.
Dans ces moments qu'on se rend compte qu'on est bien égoiste. Pas qu'on le constate froidement par le plaisir de le dire, et de se sentir enorgueilli d'une espèce de fausse modestie qui ne cache rien d'autre qu'une vanité honteuse.
Mais qu'on s'en rend compte.
Combien de fois est-elle venue ici? Combien de fois a-t-elle lu tout ce que je disais? Combien de fois m'a-t-elle "vu" écrire sur d'autres qu'elle avec des sentiments qu'elle aurait peut-être voulu voir dirigés vers sa personne?
Combien de soirée j'ai passé à me confier à elle, à lui avouer tout ce que j'avais sur le coeur, comment certaines m'avaient mis en pièces, combien d'autres me manquaient, combien j'avais de remords envers quelques unes...?
C'est un supplice du coeur qui le lacère sans jamais grande effusions de sang, mais toujours avec beaucoup de douleurs. Des blessures suitante que j'ai toujours redouté. Et arrivé là, c'était moi, le bourreau...
Elle me dit qu'elle veut maintenant prendre ses distances, ce que je n'ai pas voulu.
Elle dit qu'elle veut oublier complètement ce qu'elle ressent pour moi, et revenir en tant qu'amie.
Elle dit qu'elle ne veut plus reprendre contact avec moi jusqu'à ce que cela soit fait. Perte que je n'ai pas voulue.
Elle dit qu'elle ne veut pas que je la contacte de mon propre chef. Ce que j'avais l'intention de faire, bêtement.
Est-ce d'ailleurs bien sage d'écrire cela ici, puisqu'elle peut y venir? Quoique ne viendra-t-elle plus, si elle veut m'oublier...
Je commence enfin à comprendre qu'on est pas toujours le plus malheureux. Que ça n'enlève rien forcément à la douleur qu'on ressent, mais que ce n'est pas parce qu'on souffre qu'on ne fait pas mal.
"Ce n'est pas souvent qu'on souffre de maux visibles
Les douleurs tendres prennent les secrets pour cibles" — Note du 30/01/09, 7:36am
Je ne reçois dans le fond qu'une punition justifiée pour ce que j'ai fait de mal. La justice, dans le fond, n'appartient pas au destin, ni à l'Homme.
La Justice appartient à la Femme, car elle est la seule à savoir la rendre.
Tout ce qu'il me reste à espérer, c'est que mes bétises ne m'ont pas faites perdre une amie chère.
07 mars 2009
Villa Vortex
J'ai beau vouloir projeter tout ce que je peux à l'abri de l'oubli, tout n'est pas contenu ici.
J'ai beau m'en lamenter, mais j'utilise encore beaucoup l'encre et le papier.
D'un côté, parce que j'aime l'odeur du papier. Qu'il soit neuf, ou vieux, parfumé ou non, même si j'ai une préférence pour l'odeur sage et apaisante des vieux livres, et une autre pour l'arôme doux et sensuel des quelques gouttes de parfum que parfois certaines s'amusèrent à verser sur les quelques mots qu'elles m'avaient adressé, alors que j'étais encore leur amant...
Je suis triste, parce que ces lettres, je les ai perdues. Un ami, de manière impromptue, m'a poussé un certain jour de février de façon absolument involontaire et je crois inconsciente à les chercher... Résultat de la merveilleuse course : j'ai retourné bureau, commode, bilbiothèques et placards pour me rendre compte que je ne les avais plus. Et second drame : j'avais encore un trou dans ma mémoire d'emmental, qui se réduit, j'en ai l'impression, alors que je vieillis et que je suis censé me construire plus de souvenirs. Soit j'avais oublié où je les avais mise, et dans ce cas, mon nouveau nom mériterai d'être Harpagon, voulant si bien cacher à l'abri des regard son petit trésor qu'il se le cacha à lui même; soit j'avais oublié que je les avais jetées, et pour une raison que j'avais oublié aussi.
Il ne m'en reste qu'une seule, sans parfum, sans jolis mots : c'est une lettre de rupture.
D'un autre côté, aussi, parce que j'aime le toucher du papier, et la sensation d'écrire : voir l'encre se déposer et dessiner les formes de mon écriture. Aléatoire, imprévisible. Mes lettres existent toutes en plusieurs version dans mon alphabet baptistique, et c'est absolument sans raison aucune que je choisis presque par hasard l'une ou l'autre. De plus, j'écris très mal. Si mal que j'ai parfois du mal à me relire.
Mais quand il me prend l'envie d'écrire à la main, ce n'est pas tant ce que j'écris qui est important. C'est l'action même d'écrire. Le fait de vouloir poser tout avec des mots vrais et véritables, et pas des liaisons en synesthésie permanente, me permet de nommer ma pensée, la définir, lui donner un nom. Et symboliquement, je pense, nommer une idée est la faire coexister avec la réalité. Le Verbe est à la fois le produit et l'outil de la prolongation de l'idée, existante et complète et pure depuis toujours et à jamais, par nature. Le chapitre que Saint Augustin écrivit à propos de la création du monde dans la génèse, dans ses Confessions, m'a beaucoup apporté à penser sur ce propos, et j'en remercie le ciel que l'écrit me soit tombé entre les mains.
Dans le fond, je pourrais tracer de simples vaguelettes entrecoupées d'espaces et de points, tout en pensant à formuler proprement et de la façon la plus pure possible mes idées que cela me suffirais pour que satisfait, je regarde ma feuille et me dise : "J'ai écrit, j'ai créé."
Le carnet et le stylo, c'est surtout aussi un moyen peu encombrant et très peu couteux, pourtant quasiment infaillible, de parer la lourdeur, le volume et la perversité de la connection internet. Quand on a pas d'ordinateur sous la main, cette solution reste la meilleure pour immortaliser par l'écriture l'idée.
Tous les articles présent ici sont également écrit, sur une feuille, quelque part chez moi. Ils sont aussi en fichier word, et depuis que je ne suis plus légalement autorisé à l'utiliser, sur bloc note. Ils sont aussi imprimés, et caché quelque part chez moi encore. Ils sont aussi enregistrés sur différentes clefs usb, et ils sont ici.
Par peur de tout perdre, j'essai de maximiser les endroits où ils sont. Avoir le temps de prévenir le drame, même si il n'arrive jamais seul. Maximiser les copies en différents endroits, c'est prévoir un gain de temps sur l'oubli, que ce soit de soit où de l'esprit de silice que l'on nomme "machine".
J'ai trois carnets.
Un noir, un bleu, un rouge.
Le Rouge est le gardien des passions et des sentiments. Il est aussi le gardien de ce que j'aime et de ce que j'admire. De ce pourquoi je m'enflamme, mais de ce pourquoi aussi je saigne. De mes colères, de mes amours. De ma fatigue, de ma lassitude, mais aussi de mes joies (même rares) et du feu qui m'anime. Gardien de mes idées qui ne veulent pas rouiller, mais aussi des fruits qui ne veulent pas pourrir. De la mignonne, de la rose qui s'en veut éclore, parfois. C'est dans le carnet rouge que j'ai noté mes poèmes. Le rubis ne porte pas de nom, il est de la marque "Robert". Il est au format A5, et j'y ai écrit avec un stylo noir.
Le Bleu est le gardien des eaux qui me noient chaque nuit. De ces mondes qui me rendent sourds, qui ralentissent ma vitesse, qui changent ma vision du temps, qui changent aussi ma vision du monde. De ces ciels qui me donnent envie de voler, et de ces nuits qui me donnent envie de dormir. De l'azote qui rempli mes poumons, qui dilate mes pupilles, qui fait palpiter mon coeur, pleurer mes yeux, geler ma tête, brûler mes viscères, bouillir mon sang, jaillir les Idées. C'est dans le carnet bleu que j'ai noté mes rêves. Le saphir ne porte pas de nom, il est de la marque "Esquisse". Il est au format A4, et j'y ai écrit avec du vert et du bleu.
Le Noir... Il est le gardien de l'instant. Il est l'aléatoire, la chose que j'aurais oublié si je ne l'avais pas noté. Le carnet noir est l'oubli potentiel qui veut se sauver. C'est le noir, l'absence de lumières qui n'existe qu'au milieu de la lumière. Le trou qui n'a d'existence qu'au milieu de ce qui est plein. Le souvenir qui va disparaitre si on ne le note pas comme un oubli qui veut vivre. Alors quand quelque chose pleure de devoir mourir à la seconde où il nait, je prend le carnet noir. Et le noir n'est plus la couleur du deuil. Car c'est au milieu de ce noir que l'étincelle et l'éclair se font remarquer plus violemment. C'est dans ce noir, avec un stylo noir, que je fais vivre sur l'instant le souvenir, que je photographie l'idée éclair, que j'attrape dans les filets de l'encre le photon idéal. Quand je sais que je vais oublier, je sors le carnet noir.
Et mercredi soir/jeudi matin, je l'ai ressorti, encore :
"[. . .]
Elle se jette sur lui, et se pend à son cou.
J'ai comme une petite brèche qui s'ouvre dans le coeur, comme de petites fissures dont l'enduit saute et qui suitent à nouveau, et répandent les humeurs malsaines à travers ma tête.
Elle s'était jetée vers lui, éperdue, totalement donnée, et s'était raccroché à son cou comme si sa vie en dépendait. Je crois que c'était simplement parce qu'elle était amoureuse, sans doute. Mon cerveau bout, mon coeur palpite, mon crâne s'émiette, et mon moral aussi.
Moi aussi, à une époque, j'étais ce jeune homme qui voyait une précieuse se pendre à son cou, et l'embrasser.
Il s'embrassent.
[. . .]
Je l'ai rencontrée très exactement le 14 août 2007, et elle fut je crois le plus beau cadeau d'anniversaire que j'ai eu dans ma courte existence de 17 années. L'après midi, le ciel était gris et grondait, et ce jour là, j'étais parti chez Edouard répéter comme l'an passé. Nous avions aligné quelques lignes, posé quelques grilles, jammé, jouant tour à tour guitare, basse, batterie.
Nous nous étions promis de reboire de ce panaché bon marché au gout absolument immonde et quasi imbuvable, mais qui pour nous avais une valeur sentimentale très forte. Alors nous sommes partis depuis chez lui jusqu'à la place des Quatre Saisons, au centre commercial Vivaldi (tel était son nom à l'époque), pour aller chercher l'horrible breuvage au Mutant.
J'ai du m'arrêter au beau milieu du trajet qui séparait Clip-in du Mutant pour dire bonjour à Alexia, une amie pour qui j'en avais quelque peu pincé en mon année de première, et qui m'avait exhorté à reprendre l'écriture. Elle était accompagnée de deux amies à elle : Cendrine, jeune fille strabique au cheveux sur la langue, mais d'une gentillesse et d'une franchise à toute épreuve, une fille de confiance, d'intelligence et de malice; et Amandine.
Je crois que ce qui m'a frappé le plus, c'est son sourire. Ses canines pointues, qui me rappelaient celles de Vicky.
Ce jour là, elle portait sa veste noire dans le style urbain qui aujourd'hui m'est affreusement familière, et, je crois, son débardeur orange, que j'aimais tellement la voir porter. Dieu sait qu'elle était belle, et comme elle m'a plus dès le début; quand j'appris son nom, je repensai immédiatement au poème de Ragueneau dans Cyrano de Bergerac : "La Recette des Tartellettes Amandines".
[. . .]
Je crois que c'est la plus belle image que j'ai d'elle gravée dans ma mémoire : cette jeune fille blonde, aux fines mèches collées par la sueur et la chaleur d'une journée d'août, habillée de ce débardeur orange quelque peu décolletté, son visage indescriptiblement beau/joli/ravissant baigné dans la lumière orange et rose, flamboyance tamisée d'une fin d'après midi d'été, un coucher de soleil incandescent entre des murs de labyrinthe; le soleil, la chambre, le monde entier semblait brûler avec mon coeur, mais seul moi semblait le voir...
[. . .]
Je lui ai soufflé dans le cou, elle a hoqueté un rire en fermant les yeux, en rentrant soudainement la nuque entre ses deux épaules relevées dans un soubresaut qui faillit me déboiter la machoire; mais j'étais tellement ivre de bonheur, saoulé du gout de ses lèvres et émmêché de l'odeur de son parfum caramel que je ne me serais même pas senti mourir. Je crois que c'est le tic le plus adorable et attendrissant que j'ai jamais vu de toute ma vie.
[. . .]
Elle avait cette habitude qu'on sans doute toutes les jeunes filles mignonnes et précieuse de se lancer sur la point de leurs pieds, de se laisser un peu tomber dans le vide et de rattrapper au cou du bienheureux à qui elles ont offert leur coeur. Et j'adorais cela... Je me sentais puissant, important, fier. J'avais l'impression de lui être essentiel, de compter plus que tout, de lui être précieux... J'avais l'impression d'être aimé, et j'avais l'envie de le lui rendre au meilleur de ce dont j'étais capable.
[. . .]
Notre endroit préféré à Poses où l'on aimait lézardé au soleil et se retrouver était un immense arbre déraciné et devenu creux, en bord de Seine, que l'on pouvait trouver non loin du gîte que tenaient ses parents. Le bois était solide, et y monter pour nous était une petite aventure. Comme dans la chanson de Cabrel, presque. Je crois que le jour où ils décideront d'abattre cet arbre, si cela se produit de mon vivant, j'en serai, si ce n'est immensément, au moins horriblement triste. Nous aimions aussi un petit coin au bord du lac des deux amants, plus isolé que l'Arbre. C'était une sorte de petite plage naturelle formée par le sable que la Seine avait trainé depuis son lit. Le sable y était doux et blanc à peine jauni. Nous repartions souvent avec du sable dans les chaussures et dans les cheveux, et ce sable avait envahit un certain temps ma chambre. Si je déplaçait ma bibliothèque, je suis persuadé que j'en retrouverai,de ce sable amandin... "
—Extraits de la nuit du 4 au 5 Mars, écrit sur le canapé d'un appartement de Mont Saint Aignan à la lueur d'une lampre halogène, en attendant que l'aube pointe sa chevelure mauve et pourpre.
Grâce à cela, ce que je peux ne pas oublier, ce que j'ai de plus précieux et de plus volatile...
Le carnet noir, c'en est lui, le gardien.
15 février 2009
Brève
Je n'ai que peu de temps.
Pas assez à mon goût.
Ce sera donc sans grandes pompes, ce sera donc sans beau tableau surréaliste, ce sera donc sans musique, que cet article plus que bref se déroulera, si jamais il est assez long pour qu'il y ait nécessité de le dérouler.
Je manque de temps, et je le perde à tenter de le gagner.
Alors, pour tout ceux qui eux ont gagné trop de temps et sont prêt à en perdre un peu pour venir ici, je dirais juste celà :
C'est à force de porter parfois trop de masque qu'on finit par en perdre le visage.
Je me comprend, c'est le principal.
Il faut juste ne pas laisser cela filer.
Je n'ai plus le temps ce soir de tenter de tisser une toile pour lui donner forme. Ce sera un fil d'Ariane qu'il faudra que je sache suivre quand je reviendrai.
Je les aime toutes.
Cela m'effraie.
Je les aime toutes, et beaucoup. Elles me sont chères.
N'y faites plus attention.
Pas le temps.
Pas le temps.
Si.
Juste le temps de vous laisser ce petit poème de gare :
Je suis l'amertume qui mord même son nom,
Arrache des pleurs à ses larmes qui s'enfuient
Laissée pour morte par l'Essence qui la lie;
Ophiucus qui se love dans son sein fécond.
Une fleur m'a blessé; une rose salie
Se fait mon poignard au sacrifice des Monts.
Immole mon idée, ô sinistre Charon :
En d'autre temps, je sais, tu m'aurais anoblie.
Pas le temps.
Elles sont toutes merveilleuses, si belles, si sublimes. Elles sont magnifiques. Je les aime.
J'ai en moi trop de masques montés sur mes traits
Et trop de voix sonnent dans ma tête engourdie.
Des lignes de ma figure, j'ai perdu l'aspect;
Des mes mots ne restent que la nostalgie.
Où étiez vous, miroirs, mes ennemis de lait?
Auriez vous sentit l'ire qui m'aurait pris la vie,
Et aurait collé à mon visage si laid
Les masques et les fards comme une douce lie?
Ah, qu'on me laisse encor le pain qui n'est pas miens!
Que je boive le sang de mes Idées qui saignent :
Elles sont nées princesse, j'en ai fait des Reines
Dans mon royaume où tout n'est devenu plus rien!
Mes rêves sont devenus costumes de sel,
Et ma peau flétrie se confond dans leurs soleils!
08 février 2009
Congruences à la Russe
Découvrez OOMPH!!
A vrai dire, je n'étais pas vraiment partis pour faire un article, mais vu que c'est ainsi à chaque fois, je pense qu'au final, il vaut mieux parfois se lancer quand on ne veut pas pour finalement, par une curieuse ironie dont Dieu seul, s'il existe, à le secret, souvent réussir et n'en tirer au final pas tellement de plaisir, vu qu'on s'était destiné à ne pas le faire.
C'est sans doute dans ce sens que tout le monde me répète "ça vient quand on ne cherche plus", ou encore des phrases très jolies mais sans grand intérêt, dans le fond, tel que : "Oh, mais ça viendra un jour", "C'est quand on s'y attend le moins que ça arrive le plus!" et autres dans le style le plus pompeux : "Il n'est que patience désintéressée et sans idée qui mène à succès grand." Pour ma part, j'aimerais préciser : "succès sans grand plaisir tiré."
Quel plaisir à obtenir ce qu'on ne cherche pas? Après tout, le plaisir d'obtenir quelque chose est, à première vu, le plaisir qu'on ressent lorsqu'un vide se comble, lorsqu'on retrouve une partie de soit, une partie de quelque chose qu'on désirait. Peut-on vraiment ne plus désirer quelque chose et être heureux de l'obtenir? Je ne pense pas. Quand on obtient quelque chose qu'on ne veut pas, on peut bien feindre le plaisir, feindre la joie, mais pas la ressentir. La chose qu'on reçoit, on l'abandonne dans un coin, car elle ne comble aucun vide en nous, aucun besoin de notre personne. Parfois, même, on préfère l'honnêteté à la politesse hypocrite, et on refuse ouvertement des dons que la vie.
Alors, enfin, peut-on vraiment valider cette hypothèse de "c'est quand on ne cherche plus qu'on obtient?". En réalité, comment fait on pour ne plus chercher quelque chose qui nous manque, dont on a besoin, qu'on veut? La seule solution à ce problème à mes yeux est soit de ne plus en avoir besoin, soit de ne plus en avoir envie. Ne plus en avoir besoin, c'est que ce besoin à été comblé. Par quelque chose d'autre, par quelqu'un d'autre, par je ne sais quoi d'autre qui fait très bien office de remplacement de ce qu'on cherchait. En somme, on a plus besoin de quelqu'un chose que lorsqu'on l'a obtenu. Si on en a plus envie, c'est la même chose. Comment ne plus avoir envie de quelque chose dont on a envie? Lenvie a été comblée par autre chose. Et tout particulièrement, la proposition suivante sera sublimement stupide, mais quand on a plus envie, on a plus envie!
Donc comment prendre plaisir à obtenir quelque chose en ne le cherchant plus? J'avoue que cette expression me dépasse assez. Quand on est en manque, en besoin, il est impossible de s'empêcher de chercher. C'est humain. On a besoin de nourriture, on cherche à manger. On a besoin de soleil, on cherche la lumière. On a besoin de sentiments, on cherche le contact. On a besoin d'évasion, on cherche l'art et la fenêtre spirituelle qui n'apparait jamais deux fois au même endroit pour tout le monde. Non, on ne peut pas s'empêcher de chercher, sinon, qu'est-ce que vivre, sinon chercher?
Au final, je crois que c'est la le résumé de l'ironie vitale et murphyque : "Effectivement, c'est quand tu t'es foulé pour obtenir quelque chose que finalement tu as abandonné, oublié, et dont tu n'as plus envie aujourd'hui que cette chose s'offre à toi, ravie de t'avoir laissée dans ce sentiment de manque intense tout le temps où tu cherchais à l'obtenir." Cette loi n'est pas universelle et toujours réalisée, mais si l'ironie de la vie se résume, c'est sans doute ainsi, dans une formulation mieux prononcée que la mienne.
Tout cela parce qu'au départ de cet article, il y a mon fichu petit calendrier. Et que dans mon fichu petit calendrier, il y a un tableau de Dali à chaque mois, et évidemment, je pense que chacun l'aura remarqué, quand il y a du Dali, je regarde. Il n'empêche qu'hier soir, alors qu'une amie m'en parlait, effectivement, on étais en février. Le tableau était d'ailleurs "Idylle atomique et uranique mélancolique". Et sur ce fichu petit calendrier, c'était le fichu mois de Février. Et dans le fichu mois de Février, je me suis aperçu qu'on était à 7 fichus jours pile poil du fichu 14. Je ne m'épancherai pas sur ce que le 14 Février, tout le monde le sait.
Dans l'absolu, c'est une fête qui m'écoeure. "D'une main", comme disent nos amis anglicisant, par mauvaise foi, parce que je l'ai toujours en pratique passé seul. Seul matrimonialement parlant. Sauf rare exception de l'année dernière. Mais si elle était là, je pense qu'elle serait peut-être d'un commun accord avec moi pour que la fête de 2008 n'ait pas existé. Après, évidemment, il y avait la bière avec les copains parfois, mais c'était surtout du tout seul aussi humainement parlant.
C'était une absence totale d'envie de sortir. Comme le dit la chanson : "Je hais les couples qui me rappellent que je suis seul". Ce n'est pas tellement les deux êtres humains formant le couple qui m'énervent, c'est le couple en lui même. Parce que je suis seul, effectivement. Mauvaise foi, mauvaise foi, mauvaise foi. Et j'assume. C'est donc un "Non, je ne sortirai pas de chez moi pour les voir tous comme ils sont heureux tous ensemble deux par deux. Et les yeux dans les yeux, et la main dans la main, et tout le tintouin. Non, je ne sortirai pas."
Et en même temps, c'est une immense envie de sortir et de courir loin en longeant l'Eure. Courir vite, très vite, à en perdre haleine. Sortir de chez moi, traverser le Vaudreuil; avoir une pensée pour les retraités des rivalières, peut-êtres veufs, peut-être veuves, peut-être divorcés, peut-être accompagné, aussi, si la chance leur sourit. Travers le chemin bétonné, et longer l'Eure, avec ses cygnes, ses canards, ses poules d'eau, et courir aussi vite que je peux en suivant le chemin des Saule, ces grand et beaux arbre qui n'ont jamais fini de pleurer, tant les amoureux ont entaillé leur chair au couteau. A peine leur blessure ecorcée se refermer qu'un nouveau couple un peu romantique fait briller son opinel à la lueur de la Lune, cette gardienne des serments des amants, et le plonge goulûment dans la chair encore meurtrie du pauvre arbre. Et l'amour rit et est heureux de voir souffrir le pauvre Saule seul, lui, toujours tout seul à pleurer au bord de l'eau, tandis que l'Amour dévore tout ce qu'il avait de souffrance et le régurgite en un coup de lame qui rouvre dans son coeur de sève et de bois la vieille blessure que lui avaient infligée les précédents.
Et parfois, j'ai envie, si il fait beau, de m'endormir un peu sous un de ses Saules, et espérer que dans un rêve, l'un d'eux viendrait me parler, me raconter ce qu'il a vu, tout ce qu'il a versé de larme de joie et de larme de souffrance, les gens que lui et la Lune on pu voir s'uni et se quitter après avoir laissé dans leur chair et dans la sienne des traces ineffaçables.
Malheureusement, ces chemins près des cours d'eau sont aussi, dans l'absolu, les plus prisés de ces amoureux qui dans le fond ne font rien de plus mauvais que de vivre leur bonheur. Peut-on leur en vouloir? Non, on peut seulement être jaloux.
Dans le fond, je déteste le 14, parce que c'est le jour où l'on ne peut sortir sans les croiser. Tant mieux pour ceux qui n'aiment pas et qui ne sont pas touchés par la lumière brûlante qui vacille autour d'eux. Je sais juste que ce jour là, tous, autant qu'ils sont, irradie d'une façon que je ne peux ni ne veux voir. Et je ne peux toujours pas parler avec les Saules.
Alors, d'avance, je sais que, encore, je resterai chez moi samedi. A moins que quelque heureux évênement improbable et de toute façon complètement irréalisable dorénavant ne se produise dans le très court laps de temps qui m'est impartis, et surtout dans cet endroit qu'est Corneille, à moins qu'il n'y ai un miracle comme il ne s'en produit que dans les rêves; à moins que vraiment, vraiment, il y ai de ces rebondissements qui n'existent pas, je crois que oui, je vais une fois de plus rester cloitré chez moi, et ne rien faire. Dormir, oublier. Dormir jusqu'au dimanche, autant que possible, pour oublier que cette journée existe, et surtout pour oublier que c'est la vraie journée dans l'année où je peux dire sans éxagérer comme à mon habitude : "Je suis vraiment tout seul."
Alors, samedi prochain, bonne Saint Valentin à tous ceux qui s'aimeront, bon courage à tout ceux qui voudraient être aimés, et bonne journée à ceux qui n'en auront cure de toutes ces sottises. Pour ma part, ce ne sera pas ma journée. Vraiment.
...
Dans le fond, peut-être que j'avais envie de le faire, cet article...
Tableau : Idylle atomique et uranique mélancolique - Salvador Dali
31 janvier 2009
Sélénéïade
Découvrez Moonspell!
C'est fou comme ce soir là j'ai faillit t'oublier. Oublier que tu étais là. Oublier que tu existais et que c'était si réconfortant de regarder la lumière qui se réfléchissait sur toi. Oublier que c'était si bon de voir miroiter les rêves sur ton visage et les Essences dans tes yeux. Oublier que ça me faisait tellement de bien de rester, là, marchant sans savoir où, avançant sans savoir vers, rester là, en mouvement rectiligne uniforme, presque immobile, au fond, dans ce sens; rester là à te regarder, sans que forcément tu me vois, détourner les yeux quand tu tentais d'attraper les miens. Ne rien laisser percer de plus que ce que tu sais déjà; la lumière bleue dont tu irradies révèle tellement de chose, elle a déjà mis à nu tellement de mes secrets, tellement de mes sentiments, tellement de ce que j'ai l'impression d'être, que si elle perçait à nouveau mes pupilles en face à face, j'hésite à savoir quelle monstruosité de ma nature humaine surgirai à travers mes regards, quelle faiblesse de mon coeur ferait céder la digue de mon cristallin. Je ne préfère pas imaginer, si à nouveau tes yeux pénétraient les miens avec toute la pure violence qui est celle de ta lumière pâle, mystérieuse et électrique; si à nouveau cela arriverait, me retrouverai-je avec l'âme aussi nue que le premier jour, aussi dévoilée, agonisante à l'envers, faible et fragile qu'un nouveau né? J'ai préféré esquiver tes regards pour ne pas mourir des millions de fois, pour ne pas voir chacun des photons dont tu contrôlais la danse minutieuse et impalpable comme un petit morceau de miroir qui viendrait me crever et l'oeil, et le coeur, et l'âme.
J'ai faillit oublier combien c'était se sentir bien que d'être ainsi à te voir et à te parler. J'ai faillit oublier combien ta présence m'était indispensable. Combien tu étais la seule source dans le désert aride de la nuit. Combien ton sourire était un croissance d'abondance, une corne resplendissante posée comme l'ultime joyau du diadème que la voie lactée crée en ceindant ton front de Rein de la Nuit. Combien, lorsque tu paraissais pleine et heureuse, tu luisait dans le ciel d'encre comme un joyau ardent du feu bleu de la parole Divine. Une pure énergie, un millier de facette de mystère. Une petite perfection, un diamant dur et pointu et intimidant. J'avais faillit oublier combien tu étais importante, en fait, ce soir là.
Il a pourtant suffit que j'entende prononcer ton nom. Je marchais dans Rouen, et il faisait nuit. C'était l'hiver, et il n'était pas bien tard, pourtant. C'était de ces nuits où très tôt il fait très froid, et très sec. Un vent vient assècher ma gorge que je tente amèrement de protéger de ta fille la Glace et de ton fils le Froid. Je n'avais pas d'écharpe, parce que je n'en voulais pas. J'aimais cette sensation que tes enfants me donnaient, cette sensation de frissonner à chaque instant, comme si j'étais amoureux. Un frisson sans fin, et Dieu sait que j'était amoureux. Il n'y avait que toi à aimer. Je ne pouvais aimer que toi, après tout. Et je marchais en recul, parce que le temps ne pressait pas, après tout. Bientôt, ce serait la fête, bientôt, ce serait la joie dans la chaleur d'une salle, et il aurait fallu rire, et dire des choses amusantes pour que l'ambiance reste bonne, et boire un café, ou deux, et peut-être une bière si l'occasion de présenait. Et il aurait fallu ensuite rire à nouveau, et jouer, et s'amuser, et faire ainsi, parce que c'est ainsi que la vie fonctionne, quand tu n'es pas là, c'est surtout parce que, je suppose, c'est ainsi qu'elle DOIT fonctionner quand tu veilles. Alors le temps ne pressait pas, je n'avais pas hâte de devoir rire et boire et m'amuser. "Lord knows" que ce n'est pas en ces choses que j'ai jamais réussis à me concrétiser en moi même. Alors, je marchais la tête baissée, parce que je ne savas pas à quoi penser. Je cherchais dans ma tête des doigts sur des frettes et sur des touches noir et os; je cherchais des tubes d'acier vrombissant et des disque de métal et de bois percutant; je cherchais des roseaux vaporeux et des balalaika éthérée, des mandolines sautillante et des bouzoukis mystérieux. Et je ne savais pas quoi penser, parce que je ne t'avais pas vue.
Mais il a fallu que j'entende prononcer ton nom. Par qui? Je l'ignore. Sans doute était-ce la voix d'un homme, je ne sais pas, je ne sais plus. Mais il a résonné et tourné dans ma tête, et chaque idée à vibré et s'est inclinée devant ton nom prononcé comme un choeur des Anges. Chacune s'eclipsa, et, pour ne pas se courber, ma tête se leva et te vit. Et me pupilles se dilatèrent, et mon coeur battit plus fort que ne pouvais le supporter mes tympans, et mes lèvres tremblèrent, brûlante de hurler ton nom, quand je te vis. C'était pourtant tellement evident que de là haut dans le ciel, tu dominais et régissait mon être entier, toi dont je n'ai pas dis le nom, de peur de me brûler la langue et de voir mes lèvres tomber en éclat de cristal comme du verre brisé. Je t'ai simplement vue. Je t'ai observée, un long moment, et j'avais largement oublié où mes pieds me menaient, et qui étais là. Il n'y avait plus que toi. Toi, et toi seule. Toi et ton croissant de sourire, nacré, précieux, illuminant mes pupilles jusqu'à m'en rendre aveugle. La lumière que les ténèbres n'avaient pas saisie. Et il n'y avait finalement, je suppose, que toi ou moi pour savoir combien de souvenirs tu me rappelais, à combien de limbes et combien de déception, mais aussi combien de sentiments et combien de sensation tu me renvoyais quand tu livrais au ténèbres de la nui ce croissant lumineux et souriant que tu dessinais dans le noir.
Et puis, j'ai vu.
Je pensais que le ciel était alors noir, très noir, au dessus de ma tête. Et bien que les lumières de la villes fussent des chiens tenus en laisse aboyant après la douce et rassurante obscurité de la nuit, elles n'ont pas réussies à cacher à mes yeux l'étoile que tu couvais sous ton sourire. L'étoile était petite, mais très brillante. Une sorte d'éclat lumineux, une touche finale sur un pointe de ton diamant nocturne. Un cadeau que j'ai cru sur l'instant que tu me faisais. Et finalement, j'ai réalisé.
Ce n'était pas moi que ton croissant de sourire cherchait; ce n'était pas pour moi que tu brillais de tous les feux des yeux de Dieu. Ce n'était pas pour moi. Si a un seul moment, tu avais cherché mon regard, peut-être était-ce pour avoir le plaisir et la joie de me percer à nouveau, comme un ami que l'on scrute, et pour qui on s'inquiète, juste le temps de s'assurer qu'il est toujours là près de nous, puis qu'on quitte pour d'autre horizon après s'être assuré qu'il était bien là où on l'avait laissé. Ta lumière était braquée toute entière sur cete petite étoile qui était bien belle, dans le fond. Il m'a même semblé qu'il n'y avait qu'elle qui brillait dans le ciel; négligeable devant ta splendeur, méritante devant son effort. Elle était jolie, elle était nette. Sa lumière semblait douce à ton sourire, sa lumière senblait t'attirer, et mes yeux te voyais sans cesse te déplacer vers elle alors que le temps te faisais toujours suivre la loi horaire et attractive qui faisait se confondre vos deux lumières en une seule. Si bien que je ne savais plus d'où venait vraiment la lumière. De toi, joli croissant? D'elle, l'astre que tu avais choisi? Ni vers qui et pour qui elle se dirigeait. Vouliez vous vraiment, vous, la Lune et l'Etoile, m'éclairer moi de toute votre lumière pour me montrer tous les chemins et me laisser dans la souffrance du choix et de l'indécision? Ou, simplement, n'existiez vous plus que pour vous, Lune et Etoile, Etoile et Lune, Croissant de Lune et Lueur d'Etoile, Lueur de Lune et Croissant d'Etoile, et irradiiez vous la nuit entière des feux qui sont les vôtres?
Alors j'ai détourné la tête, Lune. Pardonne moi, mais tu m'éblouissais trop. J'ai baissé les yeux, j'ai rabattu mes paupières, j'ai courbé mon échine, j'ai allongé mon pas, et j'ai rejoint la troupe qui avait maintenant pris bien de la distance. Il m'aait semblé que tu étais aussi loin de moi qu'eux l'étaient. Qu'ils étaient à des dizaines de secondes lumières, tout comme toi, Lune.
Et quand nous sommes revenu, j'ai tenté de relever les yeux. J'ai essayé, je te le jure, Lune. Mais ton croissant avait tourné un peu, et la lumière était plus fort alors que la nuit, comme le temps avançait, était plus noire. Alors, j'ai cherché celui qui te transmettrait un message de mon coeur vers ton Croissant.
J'ai posé mes yeux sur la flèche de la Cathédrale, et j'ai prié. Prié pour la Lune.
Parce que je trouve qu'on ne prie pas assez pour la Lune.
La Lune.
La Lune.
La Lune.
Tableau : Elemental Moon - Richard Sardhina








