La Flamelosphère

Le modeste recueil d'un petit cerveau...

23 avril 2009

Au diable la Gare.

Armand_Langlois___Les_Noces_d_Ariane

    En fait, je n'ai même plus besoin de gares ou d'arrêts de bus pour me décider. J'ai compris que ce n'était pas l'endroit ou la  durée qui comptaient, je pense. M'est avis que c'est plutôt l'instant.
    Et ces derniers temps, en même temps que j'essaie de mieux construire ce que je fais, en même temps que j'essaie de m'approcher un peu plus de la bonne distillation des images et des sens, en même temps que j'essaie de plaire à ceux à qui je le veux, je sens que cela approche. Sans doute est-ce une limite vers l'infini, et que, m'approchant infiniment de ce que je recherche, j'y resterai cloitré toute ma vie à l'instant d'avant celui que je veux atteindre. En somme, toujours s'approcher, toujours être à la plus infime des distance, toujours plus près, jamais aussi loin. Le paradoxe de Zénon, appliqué à ce que j'ai de plus cher.

    Mais n'est-ce pas une vie humaine, le but humain, la perfection, que l'incarnation de ce paradoxe même? Je parcours la moitié de la distance, puis le quart, puis le huitième, puis le seizième... Et toujours perfectible, on peut bien se saigner l'esprit aux six cardinaux, on peut bien faire jaillir l'ether et l'Essence de notre tête comme des fontaines de jouvence, on est jamais parfait. Comment pourrais-je bien, moi, l'insignifiance même, prétendre pouvoir atteindre la septième corde de la Lyre d'Orphée, au corps de Tortue et aux cordes de cristal? Comment, moi, puis-je seulement oser imaginer que je puisse faire résonner tout l'ether de mes mots et propulser au dessus de Dieu les liqueurs des esprits et les vapeurs des sentiments?

    Moi, je sais, comment je peut prétendre à tout cela. Parce que je suis un humain. Et qu'en tant que mortel, ma vie est tellement courte, qu'aurais-je bien à faire de Dieu, des anges et de leurs légions? Qu'il me foudroie ici dans l'instant, ou dans cent ans, pour lui, quelle différence? En fait, c'est bien l'Homme, le seul vrai Dieu, bien plus divin qu'Elohim. Dieu ne peut rien contre l'Homme, parce que l'Homme à trop conscience de ce que la vie coûte, de ce que la vie vaut, de ce que la vie est. Dieu ne sait pas ce que cest que la vie, parce qu'il ne vit rien. Dieu est éternel, cohérent et coexistant à son verbe, créateur et infini, maitre de toute chose, Dieu n'a eu aucun début et n'aura aucune fin. Comment, sans valeur de référence, peut-il bien juger ce qui se passe dans l'instant?

    Lorsqu'il bat des cils, mil ans sont passé. Lorsque qu'il inspire, l'Homme découvre le feu, et lorsqu'il expire, des traits de métal et de feu partent depuis la Terre vers les étoiles. Comment Dieu, lui, l'être parfait, pourrait-il bien comprendre ce qu'est notre VIE? Parce qu'il n'est qu'amour? Foutaise. "L'amour, c'est que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi", a écrit Kafka. Dieu ne souffre pas. Dieu ne meurt pas. Dieu ne vit pas. On aime que dans la craindre de perdre. Que ce soit la perte du bonheur à venir, la perte d'un être, la perte d'un moment, la perte d'une idée ou d'un souvenir, on aime parce qu'on sait pertinnemment que cela ne durera jamais éternellement, au mieux, jusqu'à l'heure de notre mort, amen. C'est de savoir quel maigre et frêles fétu de paille nous constituons tous ensemble qui nous donne le goût d'aimer, l'envie de vivre et l'espoir de s'élever au dessus des étoiles, un jour. Pour le vivre.

    En fait, Dieu n'est sans doute rien de plus que du calme, je suppose. Une mare sans remou, sans rivage, sans poisson, sans fond. Rien de plus qu'une immensité de calme horriblement ennuyeux, impertubable, imperturbé, et c'est bien ainsi.

    Car moi, l'Homme, je suis le pêcheur qui vient troubler de la ligne de son blasphème les eaux limpides et froides de Dieu, je suis le rameur qui fait clapoter le Verbe et qui vient éparpiller ses syllabes aux sept vents universels. Je suis réellement l'alpha, parce que moi, je commence, et réellement l'oméga, parce que moi, je me fini. Je suis le premier car j'ai commencé à exister, je suis le dernier car je finirai d'exister. Et je suis né alors que d'autres mouraient, et je mourrai alors que d'autres naitront. Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers, et Dieu, immuable, restera au milieu, pendant que, comme la pollution superbe des couleurs et de la vie, dans l'immensité des eaux de Dieu, moi, l'Homme, je pullulerai, je croisserai et me multiplirai, jusqu'à ce Dieu étouffe. Et j'étoufferai Dieu, moi l'Homme, moi qui connait ce qu'est la vie bien mieux que celui qui est censé l'avoir créée, et je montrerai qu'on peut dépasser Dieu parce qu'on est un Humain, que l'on DOIT dépasser Dieu parce qu'on est humain.

    Et lorsque les plantes auront fait des rives et des îles sur les eaux du Créateur, lorsque nous aurons enfin récréé Dieu à NOTRE image, tout comme lui nous fit à la sienne, d'après les Ecritures...

    ... Nous lèverons la tête, et au loin, passant encore loin au dessus de nos têtes, hurlant dans toutes la splendeur de leurs voix et de leurs grâces, nous verrons passer un Pélican et un Albatros, et nous les saluerons en pleurant, car eux seront allé plus au qu'aucun homme ne l'aura jamais été : des Hommes devenus Dieux.

    Et moi, je tendrais mes mains verdoyantes et jeune vers leurs gloitres, leurs becs et leur ailes, et je hurlerai de toute la lumière que j'aurais goutée : "Dévorez moi, et qu'un peu de moi reste en vous!".

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                                                                       Relève ta tête
                                                                                        Romane la vestale
                                                                       Orion le bestial
                                                                                         de sa lourde machette
                                                                       Maltraite sur ton front,
                                                                                         hargneux comme une bête,
                                                                       A chaque coup, fatal,
                                                                                          tes plus belles saisons.
                                                                       Ne t'en fais plus de mal
                                                                                          que t'en fit le félon,
                                                                       Et rallume aux frontons
                                                                                          les feux des joies et fêtes.                                           

Posté par Dalivision à 09:31 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

As-tu des soucis avec la SNCF , fais attention je peux te dénoncer!! Non sinon, tu fais encore preuve de ton étonnante capacité à soulever des problèmes que je ne percevais pas !!! Prodigieux et engagés tes écrits de rêveur futuriste. Je ne comprends pas toute l'organisation du blog mais ca me plait il ya tellement de vie en toi! ALLER garçon yes you can don't give up!! Continue!!

Posté par guillaume, 27 avril 2009 à 15:23

Bonjour.

--- Waouh ---

hum. Je croyais que l'histoire de la Tortue et du Lièvre c'était le paradoxe de Xénon ?
Enfin, on trouve les deux sur internet... :s

---
En tout cas : merci.

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Bonne semaine. bisous.

Posté par delacroix maud, 28 avril 2009 à 10:24

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