08 mars 2009
"Recto video...
... et spectaro verso. "(Saint Augustin - La Cité de Dieu)
Voilà encore quelque chose qui ne finira pas ici, mais dans le carnet noir. Car mes couleurs ont été inhibées.
Ces dans ces soirées là, quand on relis tout, quand on sait qu'une autre vie va reprendre le dessus sur l'actuelle, quand on s'attendait à un passage aussi tranquille que la mort dans le sommeil et qu'on nous braque la lumière et le miroir dans la pupille qu'on est aveuglé par la puissance de la vérité.
Ces dans des soirées comme celle-ci qu'on se rend compte qu'on a mis quelqu'un de cher dans la positions qu'on aurait souhaité le moins du monde à notre pire ennemi.
Dans ces moments qu'on se rend compte qu'on est bien égoiste. Pas qu'on le constate froidement par le plaisir de le dire, et de se sentir enorgueilli d'une espèce de fausse modestie qui ne cache rien d'autre qu'une vanité honteuse.
Mais qu'on s'en rend compte.
Combien de fois est-elle venue ici? Combien de fois a-t-elle lu tout ce que je disais? Combien de fois m'a-t-elle "vu" écrire sur d'autres qu'elle avec des sentiments qu'elle aurait peut-être voulu voir dirigés vers sa personne?
Combien de soirée j'ai passé à me confier à elle, à lui avouer tout ce que j'avais sur le coeur, comment certaines m'avaient mis en pièces, combien d'autres me manquaient, combien j'avais de remords envers quelques unes...?
C'est un supplice du coeur qui le lacère sans jamais grande effusions de sang, mais toujours avec beaucoup de douleurs. Des blessures suitante que j'ai toujours redouté. Et arrivé là, c'était moi, le bourreau...
Elle me dit qu'elle veut maintenant prendre ses distances, ce que je n'ai pas voulu.
Elle dit qu'elle veut oublier complètement ce qu'elle ressent pour moi, et revenir en tant qu'amie.
Elle dit qu'elle ne veut plus reprendre contact avec moi jusqu'à ce que cela soit fait. Perte que je n'ai pas voulue.
Elle dit qu'elle ne veut pas que je la contacte de mon propre chef. Ce que j'avais l'intention de faire, bêtement.
Est-ce d'ailleurs bien sage d'écrire cela ici, puisqu'elle peut y venir? Quoique ne viendra-t-elle plus, si elle veut m'oublier...
Je commence enfin à comprendre qu'on est pas toujours le plus malheureux. Que ça n'enlève rien forcément à la douleur qu'on ressent, mais que ce n'est pas parce qu'on souffre qu'on ne fait pas mal.
"Ce n'est pas souvent qu'on souffre de maux visibles
Les douleurs tendres prennent les secrets pour cibles" — Note du 30/01/09, 7:36am
Je ne reçois dans le fond qu'une punition justifiée pour ce que j'ai fait de mal. La justice, dans le fond, n'appartient pas au destin, ni à l'Homme.
La Justice appartient à la Femme, car elle est la seule à savoir la rendre.
Tout ce qu'il me reste à espérer, c'est que mes bétises ne m'ont pas faites perdre une amie chère.
07 mars 2009
Villa Vortex
J'ai beau vouloir projeter tout ce que je peux à l'abri de l'oubli, tout n'est pas contenu ici.
J'ai beau m'en lamenter, mais j'utilise encore beaucoup l'encre et le papier.
D'un côté, parce que j'aime l'odeur du papier. Qu'il soit neuf, ou vieux, parfumé ou non, même si j'ai une préférence pour l'odeur sage et apaisante des vieux livres, et une autre pour l'arôme doux et sensuel des quelques gouttes de parfum que parfois certaines s'amusèrent à verser sur les quelques mots qu'elles m'avaient adressé, alors que j'étais encore leur amant...
Je suis triste, parce que ces lettres, je les ai perdues. Un ami, de manière impromptue, m'a poussé un certain jour de février de façon absolument involontaire et je crois inconsciente à les chercher... Résultat de la merveilleuse course : j'ai retourné bureau, commode, bilbiothèques et placards pour me rendre compte que je ne les avais plus. Et second drame : j'avais encore un trou dans ma mémoire d'emmental, qui se réduit, j'en ai l'impression, alors que je vieillis et que je suis censé me construire plus de souvenirs. Soit j'avais oublié où je les avais mise, et dans ce cas, mon nouveau nom mériterai d'être Harpagon, voulant si bien cacher à l'abri des regard son petit trésor qu'il se le cacha à lui même; soit j'avais oublié que je les avais jetées, et pour une raison que j'avais oublié aussi.
Il ne m'en reste qu'une seule, sans parfum, sans jolis mots : c'est une lettre de rupture.
D'un autre côté, aussi, parce que j'aime le toucher du papier, et la sensation d'écrire : voir l'encre se déposer et dessiner les formes de mon écriture. Aléatoire, imprévisible. Mes lettres existent toutes en plusieurs version dans mon alphabet baptistique, et c'est absolument sans raison aucune que je choisis presque par hasard l'une ou l'autre. De plus, j'écris très mal. Si mal que j'ai parfois du mal à me relire.
Mais quand il me prend l'envie d'écrire à la main, ce n'est pas tant ce que j'écris qui est important. C'est l'action même d'écrire. Le fait de vouloir poser tout avec des mots vrais et véritables, et pas des liaisons en synesthésie permanente, me permet de nommer ma pensée, la définir, lui donner un nom. Et symboliquement, je pense, nommer une idée est la faire coexister avec la réalité. Le Verbe est à la fois le produit et l'outil de la prolongation de l'idée, existante et complète et pure depuis toujours et à jamais, par nature. Le chapitre que Saint Augustin écrivit à propos de la création du monde dans la génèse, dans ses Confessions, m'a beaucoup apporté à penser sur ce propos, et j'en remercie le ciel que l'écrit me soit tombé entre les mains.
Dans le fond, je pourrais tracer de simples vaguelettes entrecoupées d'espaces et de points, tout en pensant à formuler proprement et de la façon la plus pure possible mes idées que cela me suffirais pour que satisfait, je regarde ma feuille et me dise : "J'ai écrit, j'ai créé."
Le carnet et le stylo, c'est surtout aussi un moyen peu encombrant et très peu couteux, pourtant quasiment infaillible, de parer la lourdeur, le volume et la perversité de la connection internet. Quand on a pas d'ordinateur sous la main, cette solution reste la meilleure pour immortaliser par l'écriture l'idée.
Tous les articles présent ici sont également écrit, sur une feuille, quelque part chez moi. Ils sont aussi en fichier word, et depuis que je ne suis plus légalement autorisé à l'utiliser, sur bloc note. Ils sont aussi imprimés, et caché quelque part chez moi encore. Ils sont aussi enregistrés sur différentes clefs usb, et ils sont ici.
Par peur de tout perdre, j'essai de maximiser les endroits où ils sont. Avoir le temps de prévenir le drame, même si il n'arrive jamais seul. Maximiser les copies en différents endroits, c'est prévoir un gain de temps sur l'oubli, que ce soit de soit où de l'esprit de silice que l'on nomme "machine".
J'ai trois carnets.
Un noir, un bleu, un rouge.
Le Rouge est le gardien des passions et des sentiments. Il est aussi le gardien de ce que j'aime et de ce que j'admire. De ce pourquoi je m'enflamme, mais de ce pourquoi aussi je saigne. De mes colères, de mes amours. De ma fatigue, de ma lassitude, mais aussi de mes joies (même rares) et du feu qui m'anime. Gardien de mes idées qui ne veulent pas rouiller, mais aussi des fruits qui ne veulent pas pourrir. De la mignonne, de la rose qui s'en veut éclore, parfois. C'est dans le carnet rouge que j'ai noté mes poèmes. Le rubis ne porte pas de nom, il est de la marque "Robert". Il est au format A5, et j'y ai écrit avec un stylo noir.
Le Bleu est le gardien des eaux qui me noient chaque nuit. De ces mondes qui me rendent sourds, qui ralentissent ma vitesse, qui changent ma vision du temps, qui changent aussi ma vision du monde. De ces ciels qui me donnent envie de voler, et de ces nuits qui me donnent envie de dormir. De l'azote qui rempli mes poumons, qui dilate mes pupilles, qui fait palpiter mon coeur, pleurer mes yeux, geler ma tête, brûler mes viscères, bouillir mon sang, jaillir les Idées. C'est dans le carnet bleu que j'ai noté mes rêves. Le saphir ne porte pas de nom, il est de la marque "Esquisse". Il est au format A4, et j'y ai écrit avec du vert et du bleu.
Le Noir... Il est le gardien de l'instant. Il est l'aléatoire, la chose que j'aurais oublié si je ne l'avais pas noté. Le carnet noir est l'oubli potentiel qui veut se sauver. C'est le noir, l'absence de lumières qui n'existe qu'au milieu de la lumière. Le trou qui n'a d'existence qu'au milieu de ce qui est plein. Le souvenir qui va disparaitre si on ne le note pas comme un oubli qui veut vivre. Alors quand quelque chose pleure de devoir mourir à la seconde où il nait, je prend le carnet noir. Et le noir n'est plus la couleur du deuil. Car c'est au milieu de ce noir que l'étincelle et l'éclair se font remarquer plus violemment. C'est dans ce noir, avec un stylo noir, que je fais vivre sur l'instant le souvenir, que je photographie l'idée éclair, que j'attrape dans les filets de l'encre le photon idéal. Quand je sais que je vais oublier, je sors le carnet noir.
Et mercredi soir/jeudi matin, je l'ai ressorti, encore :
"[. . .]
Elle se jette sur lui, et se pend à son cou.
J'ai comme une petite brèche qui s'ouvre dans le coeur, comme de petites fissures dont l'enduit saute et qui suitent à nouveau, et répandent les humeurs malsaines à travers ma tête.
Elle s'était jetée vers lui, éperdue, totalement donnée, et s'était raccroché à son cou comme si sa vie en dépendait. Je crois que c'était simplement parce qu'elle était amoureuse, sans doute. Mon cerveau bout, mon coeur palpite, mon crâne s'émiette, et mon moral aussi.
Moi aussi, à une époque, j'étais ce jeune homme qui voyait une précieuse se pendre à son cou, et l'embrasser.
Il s'embrassent.
[. . .]
Je l'ai rencontrée très exactement le 14 août 2007, et elle fut je crois le plus beau cadeau d'anniversaire que j'ai eu dans ma courte existence de 17 années. L'après midi, le ciel était gris et grondait, et ce jour là, j'étais parti chez Edouard répéter comme l'an passé. Nous avions aligné quelques lignes, posé quelques grilles, jammé, jouant tour à tour guitare, basse, batterie.
Nous nous étions promis de reboire de ce panaché bon marché au gout absolument immonde et quasi imbuvable, mais qui pour nous avais une valeur sentimentale très forte. Alors nous sommes partis depuis chez lui jusqu'à la place des Quatre Saisons, au centre commercial Vivaldi (tel était son nom à l'époque), pour aller chercher l'horrible breuvage au Mutant.
J'ai du m'arrêter au beau milieu du trajet qui séparait Clip-in du Mutant pour dire bonjour à Alexia, une amie pour qui j'en avais quelque peu pincé en mon année de première, et qui m'avait exhorté à reprendre l'écriture. Elle était accompagnée de deux amies à elle : Cendrine, jeune fille strabique au cheveux sur la langue, mais d'une gentillesse et d'une franchise à toute épreuve, une fille de confiance, d'intelligence et de malice; et Amandine.
Je crois que ce qui m'a frappé le plus, c'est son sourire. Ses canines pointues, qui me rappelaient celles de Vicky.
Ce jour là, elle portait sa veste noire dans le style urbain qui aujourd'hui m'est affreusement familière, et, je crois, son débardeur orange, que j'aimais tellement la voir porter. Dieu sait qu'elle était belle, et comme elle m'a plus dès le début; quand j'appris son nom, je repensai immédiatement au poème de Ragueneau dans Cyrano de Bergerac : "La Recette des Tartellettes Amandines".
[. . .]
Je crois que c'est la plus belle image que j'ai d'elle gravée dans ma mémoire : cette jeune fille blonde, aux fines mèches collées par la sueur et la chaleur d'une journée d'août, habillée de ce débardeur orange quelque peu décolletté, son visage indescriptiblement beau/joli/ravissant baigné dans la lumière orange et rose, flamboyance tamisée d'une fin d'après midi d'été, un coucher de soleil incandescent entre des murs de labyrinthe; le soleil, la chambre, le monde entier semblait brûler avec mon coeur, mais seul moi semblait le voir...
[. . .]
Je lui ai soufflé dans le cou, elle a hoqueté un rire en fermant les yeux, en rentrant soudainement la nuque entre ses deux épaules relevées dans un soubresaut qui faillit me déboiter la machoire; mais j'étais tellement ivre de bonheur, saoulé du gout de ses lèvres et émmêché de l'odeur de son parfum caramel que je ne me serais même pas senti mourir. Je crois que c'est le tic le plus adorable et attendrissant que j'ai jamais vu de toute ma vie.
[. . .]
Elle avait cette habitude qu'on sans doute toutes les jeunes filles mignonnes et précieuse de se lancer sur la point de leurs pieds, de se laisser un peu tomber dans le vide et de rattrapper au cou du bienheureux à qui elles ont offert leur coeur. Et j'adorais cela... Je me sentais puissant, important, fier. J'avais l'impression de lui être essentiel, de compter plus que tout, de lui être précieux... J'avais l'impression d'être aimé, et j'avais l'envie de le lui rendre au meilleur de ce dont j'étais capable.
[. . .]
Notre endroit préféré à Poses où l'on aimait lézardé au soleil et se retrouver était un immense arbre déraciné et devenu creux, en bord de Seine, que l'on pouvait trouver non loin du gîte que tenaient ses parents. Le bois était solide, et y monter pour nous était une petite aventure. Comme dans la chanson de Cabrel, presque. Je crois que le jour où ils décideront d'abattre cet arbre, si cela se produit de mon vivant, j'en serai, si ce n'est immensément, au moins horriblement triste. Nous aimions aussi un petit coin au bord du lac des deux amants, plus isolé que l'Arbre. C'était une sorte de petite plage naturelle formée par le sable que la Seine avait trainé depuis son lit. Le sable y était doux et blanc à peine jauni. Nous repartions souvent avec du sable dans les chaussures et dans les cheveux, et ce sable avait envahit un certain temps ma chambre. Si je déplaçait ma bibliothèque, je suis persuadé que j'en retrouverai,de ce sable amandin... "
—Extraits de la nuit du 4 au 5 Mars, écrit sur le canapé d'un appartement de Mont Saint Aignan à la lueur d'une lampre halogène, en attendant que l'aube pointe sa chevelure mauve et pourpre.
Grâce à cela, ce que je peux ne pas oublier, ce que j'ai de plus précieux et de plus volatile...
Le carnet noir, c'en est lui, le gardien.





