La Flamelosphère

Le modeste recueil d'un petit cerveau...

26 décembre 2008

La Mort du Fossoyeur


Découvrez Frédéric Chopin!

    The_Death_of_the_Grave_Digger

    Bon, eh bien, c'est fou, mais il aura fallu que je vienne cliquer sur le lien de canalblog pour que je me réveille après un long sommeil "internautique" et productif, par la même occasion... Il aura fallu aussi que je me replonge dans De Vigny et la peinture de Schwabe pour créer un peu... J'en avais presque oublié ce tableau, à force de ne plus penser à rien, à force de me vider par un biais qui aurait fait frissonner Lavoisier sur ce qu'il estimait de la conservation... Tous se perdait et se transformait en perte que je n'arivait pas à récupérer, alors j'avais préféré ne plus rien tenter pour ne pas perdre le peu que j'avais. Et puis, un déclic. L'idée m'a trottée dans la tête presque toute la nuit, à tel point que je n'ai pas dormi, ou si peu. Je ne pouvais pas laisser le condensé d'émotions que j'avais en mois s'estomper et se perdre comme de l'éther à la chaleur. Non, il fallait que je tente de fixer tout ça. J'ai tenté, je ne sais pas si j'ai réussi. De toute façon, il faudrait peut-être que j'arrête de m'écouter : à m'entendre, tout ce que je fais ne mérite aucun considération... Mais est-ce vrai? D'ailleurs, est-ce faux?

    Je crois que c'est le poème le plus long que j'ai jamais écris de ma courte vie, jusqu'ici, en tout cas. 104 vers, répartis en 26 quatrains, rimes croisées, alexandrins... J'ai fait mon possible pour respecter l'alternance féminin et masculin, mais c'est vraiment le domaine dans lequel je suis loin d'être doué... C'est peut-être pour cela que j'aime la poésie, au fond, pourquoi j'aime écrire des poèmes plus qu'autre chose : la poésie est réellement le texte qui se raproche le plus de l'Essence, de l'Idée, en le fait que les règles qu'on s'y impose, qu'elles soient "classiques" ou non, nous force à la correspondance, nous force à faire vivre les mots, à faire danser les lettres, à faire chanter les rimes (encore un rythme ternaire, dirait Mme Loir... Grrr...). La poésie à cette noblesse d'âme et cette solennité, et en même temps cette légèreté et cet enjeu de virtuosité qu'au final, elle est un tourbillon de lien, elle est une toile, elle est un fluide, une parfum, une essence : ce n'est pas seul que les mots on un sens, mais c'est la façon dont ils sont agencés, c'est leur lien, leur Correspondance, qui crée l'Idée, qui crée l'Emotion... Ecrire la poésie a cet espèce d'effet de catharsis qui nous fait approcher à chaque vers un peu plus de l'Idéal et nous angoisse et nous horrifie à chaque instant de la chute qui s'amorce si on lâche. C'est une tension dans l'âme, c'est un noeud dans la gorge, c'est une poussée dans les yeux. C'est un aveuglement, un mutisme, une surdité. Plus rien n'a d'existence, si ce n'est l'Idée, l'Essence...

    Je vous présente donc un thème qui m'est cher, à tel point que j'ai énormément hésité si j'allait le traiter en nouvelle, en poème ou en scène de théâtre... Le poème s'est imposé, peut-être par la nature Symboliste de la peinture de Schwabe. Voici donc :

La mort du Fossoyeur

I
Nonchalante et paresseuse, la douce neige
S'était déposée sur le champ de marbre blanc
Et, froide converture, faisait tapis beige
Aux demeures de ceux regrettés des vivants.

Nulle croix de pierre d'aucun collier parée,
Nulle gerbe de fleurs n'avait aucun pendant,
Et nulle dalle grise n'était habillée
Comme celles-ci d'écharpes et manteaux blancs.

Les flocons baisaient des arbres les branches nues
Et ceux-ci frissonnaient du désir du Printemps :
La sève somnolait sous l'écroce charnue,
Et sinon de la Mort, elle rêvait du Temps.

Ah! On n'eût jamais vu lumière plus irisée
Que celle que ce jour le froid gelait sur place
Pour que dans les caveaux, sous les dalles brisées
Perce là le vitrail du Temps et de l'Espace.

II
Le Gardien de l'endroit préparait la venue
D'un nouvel arrivant. Creusant le sous sol
D'une pelle de fer qu'il tenait à mains nues,
Glissantes encor de la sueur de son col.

Le fossoyeur avait les deux pieds dans la tombe
Et il lui arrivait de songer, égaré,
A supplier l'Ange d'abattre une trombe
Mortelle. Enfin pour lui il aurait creusé.

Le travail est fini. La parcelle de terre
Dort près de lui comme un chien près de son maître.
A six pieds de fond, les aboiements de l'Enfer
Réclament chair et os pour pouvoir se repaitre.

«Avez vous donc toujours faim, minions de Cybèle?
— Pleure-t-il sur la terre froide qui blanchit. —
Si vous désirez vie qui n'ira pas au ciel,
Laissez moi m'allonger, à jamais endormi !

Mon âme n'ira pas au Seigneur. Oui, ma vie,
Oui, ô mon âme, sous terre tu finiras,
Car il te fut donnée la Mort pour amie,
La Fin en épouse, en frère le Trépas.

Tu n'as pas le beau rôle, ô ma vie amoureuse
De l'hiver. Ta compagne t'a abandonné
Le jour où tu offris à ses yeux de pleureuse
L'argent que tu obtins pour son frère enterrer.

C'est à croire que vivre dans la mort des autres
Retarde l'échéance, la coupe du fil :
J'ai pleuré, j'ai pleuré... Ô mon Dieu,
Chaque jour où je du enterrer un ami!

Depuis bien longtemps je ne veux plus du Royaume,
Du Paradis, du Ciel. Je m'étais résolu
A finir moi même cette vie. Aucun psaume,
Hélas, ne justifierait ce que j'ai vécu.

Mais le Seigneur ne permet pas qu'on sacrifie
Au Feu de la Géhenne l'un de ses moutons!
De mes tentatives je porte encor les fruits :
Traces sur mes veines, brûlures de poisons.

Mais peut-être est-il déjà que mon existence
Depuis longtemps a coulé ses jours impartis,
Et que dans le secret, et que dans le silence,
Ce fut mon châtiment que d'être placer ici!

Qu'ai-je donc fait, Seigneur, pour mériter ma peine?
Dans mon autre vie, si je n'ai déjà creusé,
Etais-je celui qui sans aucune gêne
Donnait au fossoyeur des corps à enterrer?

Mais je suis las de pleurer! Je te maudir, Maître!
Permet qu'un cadavre devienne mon corps!
Je ne puis plus vivre, achève moi en traître! »
Un battement, puis rien, puis deux, puis rien, encor.


III
C'est la clochette gelée qui appelle l'Ange,
C'est le carillon qui sonne la dernière heure,
C'est le glas qui résonne de l'accord étrange
De la basse des maux et des aigus des pleurs.

Elle apparait derrière une pierre, vêtue
De sa robe noir des grandes occasions.
La lumière d'albâtre jaillit de sa peau nue
A travers les ténèbres de ses cheveux longs.

Ses pupilles sont blanches, ses deux yeux sont rouges,
Ses iris sont noirs, comme le lit d'un lac.
Ses paupières sont marbre : lorsque l'une bouge,
On peut y entendre la pierre et l'os qui craquent.

Ses traits sont beaux, ses traits sont purs. Toute sa peau
Brille de la lumière qu'elle prit aux vivants.
Deux ailes immenses jaillissent de son dos
Et sur la peau de la Mort luit la Nuit des Temps.

De ses deux bras fins tout habillés de dentelles,
Elle entoure et glace le corps du fossoyeur :
Et le temps, et l'espace, et le monde entier gèlent
Alors que ses yeux veulent retenir leurs pleurs.

« Je t'ai appelée — dit-il — je t'ai attendue,
Je t'ai rêvée les soirs où la lune miaulait.
Pour aucune tombe tu n'es jamais venue.
Je te désirais. Qu'est-ce que tu attendais?

Je me suis renommé pour entrer dans tes ordres.
Accroché à ton cou, je me suis fait paria
Et mes paumes ont saigné à force de tordre
Le manche de la pelle et le lit de Gaia.

Plus d'éclat dans mes yeux, plus de vie dans mon âme !
De tout je me vidai pour que tu me remplisses
Et fasse la tombe le Graal de tous tes charmes
Et de la terre meuble mon dernier Calice.

Et maintenant te voilà, tu t'es faite attendre,
Et j'ai vécue bien plus que longtemps que de raison ! »
La Mort le sert contre elle, et dans un geste tendre
Couche son amant dans sa dernière maison.

Les flocons embrassaient les arbres et les nues,
Et ceux-ci frissonnaient du désir du Printemps.
Le fossyeur somnolait sur la terre nue :
Si ce n'était de la Mort, il rêvait du Temps.

Tableau : La Mort et le Fossoyeur - Carlos Schwabe

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25 décembre 2008

En attendant (faute d'autre chose...)


Découvrez Dave Weckl Band!

Siudmak___Resonnance_Interieure   

    Bon, je sais bien que cela fait longtemps que je suis venu ici... Je n'ai abandonné personne, à commencer par le sens que je donne à cet endroit, c'est à dire un moyen presque sûr (presque...) de préserver le peu que je peux avoir de mémoire et de création. Je ne vais pas encore m'étendre sur ce sujet, ce pourrait être la quatrième ou cinquième fois que je le ferai ici, et même si je sais que parfois la redondance est une bonne chose, ici, elle ne le serait pas. Et puis, je n'ai pas la tête à exposer toute ma vision des choses.

    Pas la tête à le faire? Oui, peut-être... Je subit l'angoisse de la page blanche ces derniers temps... Non, en réalité, ce n'est pas tant l'angoisse de la page blanche dont je pâtis, mais de la page blanche elle même. Je n'arrive plus à rien écrire. J'efface la moindre page dès que je m'attaque à l'une des nouvelles que j'en ai en cours, quand j'ai le courage de me lancer, évidemment. Je n'aime tellement pas mon travail, je le trouve tellement imparfait, que je ne peux plus commencer quoi que ce soit. Cela m'est impossible. Dans ma têtes mes idées sont pures, sont exactes, sont pleines d'elles même et complètes. C'est encore cet histoire de chat de Schrödinger (un thème qui finit par devenir plus que récurrent, j'ai l'impression...) : poser mes idées sur le papier, sur le support numérique, poser la narration, m'oblige à faire un choix pour chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe, chaque lettre... C'est trop de choix, étendus sur trop de pages, délivrés sur trop de temps, alors que dans ma tête, l'histoire existe toute entière au même moment et tout le temps. L'initial, l'intrigue et le dénouement y sont confondu dans toute la perfection et la pureté essentielle de l'idée, et c'est bien là que mes limites sont atteintes : je n'ai pas le talent des poètes pour tout retranscrire en une alchimie plus minutieuse que l'horloge la plus complexe... J'ai la page blanche, j'ai la déception de mon travail. Je retrouve de vieux travaux qui m'inspire encore et encore des idées à leur ajouter, mais cela reste toujours un embryon lumineux dans la nuit de ma tête. "La lumière qui jaillit de la nuit dans la nuit qui entoure la lumière" comme l'explique Dantec dans Villa Vortex : "La nuit qui entoure la lumière et ne la laisse transparaitre, pour que le jour où elle transparaitra, elle éblouisse les ténèbres jusqu'à rendre aveugle de pureté". Mais je n'oublie toutefois pas : "La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas saisie", disait Saint Jean de Thassos. Mais je crois que pour moi, la lumièr est saisie : saisie par mon incapacité, nuit de toute mon âme...

    Ainsi, je n'ai rien écrit, sinon quelque poème qui finalement finirent au feu, faute d'être bon.  C'est pourquoi, faute de mieux, pour vous donner quand même une part de moi à ronger, je laisserai ici, de peur de les oubliers, les trois poèmes qui font l'objet d'encore un autre de mes projet : Les Arcanes. Un recueil de 21 (22?) poèmes décrivant les cartes du Tarot Marseillais. Je veux faire de ce recueil le distillat de toutes les recherches symbologique que j'ai pu faire sur ce thème, et sur tout les thèmes que cela aborde : la philosophie hermetique, l'élévation spirituelle, la quête de soit. Sans doute encore un projet qui restera inachevé, mais quel projet offre plaisir à son créateur une fois finit ? Je ne suis pas un Dieu qui aime sa créature : je suis un mortel qui aime créer. Voici donc les quelques premières lames du Tarot, à savoir : Le Bateleur, La Papesse et L'Impératrice.

I
Le Bateleur

C'est toi l'Aleph, c'est toi l'Alpha,
Toi, le rusé sans félonie,
Toi qui de chacune des vies
Est le début, non l'oméga.

Commencement, fin, infini,
Tes illusions n'ont de limites
Que les esprits qui vont trop vite
Pour suivre ton alchimie.

Piques, trèfles, carreaux et coeurs
,
Coupes, deniers, bâtons, épées,
Toi, le premier, Toi, le Bateleur

Dont le chef est cerclé de brun
Et comme un cycle entrelacé,
Tu seras tout, tu ne fus rien!



II
La Papesse

"Quel est ce regard perdu dans le vide
Qui peut tout voir
Et qui dessine
Au milieu du noir
Une lumière qui n'a pas de voix?
Ô Papesse, qu'est-ce que tu vois?

Quel est ce livre que tu tiens ouvert,
A la couverture
Et aux pages chairs,
A la reliure
Qui ne parle ni de mort, ni de vie?
Ô Papesse, qu'est-ce que tu lis?

Tes longs doigts jaloux cachent à ma vue
Des symboles noirs
Des mots seuls connus
Des sciences du soir
Dont, je sais, tu as le secret.
Ô Papesse, qu'est-ce que tu sais?

La Nuit ceindée d'Or couvre tes épaules
Et l'ardente force
Qui en toi somnole
Comme une écorce
Qu'on dirait de Sagesse et de Panache.
Ô Papesse, qu'est-ce que tu me caches?"

La Diane chaste du vide sort ses yeux
Et tendant le voile pour un peu plus le pendre,
Elle répond, Oracle du dessus des feux :
"Ha, Tu sais Tout. Il ne te reste qu'à l'apprendre."


III
L'impératrice

Catin éternelle! du savoir interdit
Votre Majesté ainsi en fait les enchères!
Et le vice Luxure, et les vices de chair
Luisent jusque dans votre couronne rubis!

Vous pouvez bien recouvrir d'une chaste Nuit
Le Paradis des Hommes, et le Fruit des Enfers :
Vos pieds sont oints — et votre Majesté entière —
De l'huile du Savoir, de la myrrhe de Vie.

La Connaissance se blotit entre vos cuisses,
Et bien moins pure que votre divine soeur,
Vous nourissez l'Hermès qui par un doux supplice

Saura tirer du corps de l'obscure Lilith
Le Grand Oeuvre, ce précieux monolithe,
Pour un peu qu'il vous livre votre grand bonheur.




    Voilà, les autres sont encore à venir, je ne désespère pas. Cela viendra, sans doute. Pour terminer, je vous laisse une petite acrostiche :

Avez vous déjà vu, le soleil se levant,
Mourir la Nuit comme je le vis ce jour là,
Anéantissant l'espoir, désespoir mourant?

Ne t'ai-je pas dit que nos vies étaient ainsi,
Danseuse dans les fleurs, Déesse de l'Espace?
Inégalable douceur... Peut-être, aujourd'hui!

Ne laisse pas trop au soleil mûrir le fruit
Et régale t'en, qu'aucun souvenir ne s'efface
.

Tableau : Résonance Intérieure - Wojteck Siudmak.

Posté par Dalivision à 21:59 - Scriboïdes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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